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Texte de la
conférence de Louis TOUVIER
donnée le 18.02.2010
Le Haut-Adige
Une épine dans la chair italienne ?
Introduction –
Le Trentin-Haut-Adige forme une véritable unité géographique. C’est le bassin du fleuve alpin, l’Adige, de sa source dans les Alpi Venozie, jusqu’au sud du lac de Garde, qu’il longe jusqu’à Vérone. Parmi ses nombreux affluents, l’Isarco descend du col du Brenner, ligne de partage des eaux entre le Pô et le Danube autrichien.
Or cette unité ne relève que de la géographie physique. Humainement, cette région est divisée en 2 provinces, Trente et Bolzano, que tout sépare. La langue d’abord, italienne dans le Trentin, germanique dans le Haut Adige. Le costume, l’art, la cuisine, l’habitat et la législation en font deux provinces autonomes à l’intérieur d’une région déjà autonome.
Cette division a causé – et cause encore – de nombreux problèmes à l’Etat italien. Elle a même provoqué, à un moment, une violence allant jusqu’au terrorisme. A tel point que l’on a pu alors qualifier le Haut Adige « d’épine dans la chair italienne ». D’ailleurs, est-elle vraiment italienne cette province qui a récemment obtenu la double appellation Haut Adige/Sud Tyrol et/ou Sud Tyrol / Haut Adige. ? Le survol d’une histoire très complexe peut seul nous expliquer cette situation et les particularités législatives de cette province.
I – Survol historique.
1) L’Antiquité.
Sans vouloir faire étalage d’érudition, la compréhension de l’actualité nous oblige à remonter à l’arrivée des Celtes, au –Ve siècle. On ne peut que rapprocher le fameux col du Brenner du légendaire Brennus qui prit et pilla Rome en -390. Ce col vit, en – 113, dévaler les hordes de Cimbres que Marius massacra à Verceil deux ans plus tard, mais qui ont laissé des résidus de leur langue dans la vallée. La tribu celte des Rhètes, sédentarisée dans les vallées, résista aux Romains qui mirent 22 ans à les vaincre, en -15, (10 ans après la soumission des Salasses du Val d’Aoste). L’empereur Auguste fit de la Rhétie, territoire des Rhètes, la dixième région d’Italie . Mais cette Rhétie débordait sur le versant nord des Alpes et comprenait la vallée de l’Inn. Déjà le col du Brenner unissait plus qu’il ne séparait les deux bassins fluviaux de l’Inn et de l’Adige. Agrippa fixe le tracé de la Via Claudia Augusta qui, par le Brenner, joignait Vérone à Augsbourg. Par cette voie, le Christianisme pénètre assez vite dans la basse vallée. Un dénommé Vigile fut le troisième évêque de Trente, de 385 à 405. Bressanone, plus en amont, connut son premier évêque vers 400 : Cassien d’Imola, martyrisé par les païens autochtones y a laissé son vocable à la cathédrale.
2) Du Moyen Age à la Révolution française.
Sous la domination des Goths – VIe siècle – des textes signalent déjà l’infiltration pacifique par le Brenner de « Baiuvari » (d’où vient bavarois) jusqu’à Bolzano au centre et Merano , dans la haute vallée de l’Adige. Au IXe siècle, les textes distinguent nettement dans ces vallées les « Longobardi » italianisés et les « Teutischi » germaniques. Devant la poussée de ces derniers, les descendants des Rhètes – celtes latinisés – refluent dans les hautes vallées isolées où leur parler deviendra le Ladin. Nous en reparlerons le moment voulu, mais il fallait le situer.
Nous voici en 1027 (pour situer les choses, dans 4 ans va apparaître la dynastie des Blanches Mains). L’Empereur germanique Konrad II transforme les évêques de Trente et de Bressanone en princes-évêques. Feudataires germaniques, ces deux territoires resteront de fidèles Gibelins tout au long des luttes entre la Papauté et l’Empire. En 1363, le Comté de Tyrol devient héréditaire, rallié à la dynastie autrichienne des Habsbourg.
Au XVème siècle, la Terre Ferme de Venise arrive jusqu’à Rovereto et borde le nord du Lac de Garde. Sous son influence, le prince-évêque de Trente Clesio, grand humaniste, italianise le Trentin. En réaction, celui de Bressanone germanise sa principauté et la rend de plus en plus germanophone. Bolzano devient Bozen. Mais la cathédrale de Trente a l’honneur d’abriter le célèbre Concile de 1545 à 1563. Cette ville l’emporte donc en renommée internationale sur celle de Bozen.
Joseph II de Habsbourg est l’un des types du Despote éclairé. Sous son règne, en 1772, le col du Brenner est enfin franchi par une route carrossable en toutes saisons. Joseph II contraint les princes-évêques à abandonner leur principat, leur pouvoir temporel. A Bozen, c’est l’approbation germanophile. A Trente, c’est au contraire la contestation italianisante.
3) De Bonaparte à l’Unité italienne.
Le divorce entre les deux provinces s’accentue encore lorsque Bonaparte conquiert l’Italie du nord en 1796. A Trente, se forme une légion de volontaires pour appuyer le flanc gauche des Français. De la base arrière du Tyrol, descendaient les armées autrichiennes en marche pour secourir Mantoue assiégée. Cependant le traité de Campo Formio laisse le Trentin à l’Autriche. Pour peu de temps. Après Austerlitz, il entre dans le Royaume d’Italie et Napoléon lui impose le nom de Haut-Adige. Quant au Tyrol, il est donné tout entier à la Bavière, alliée de l’Empire Français.
Profitant de la troisième coalition en 1809, le Tyrol se soulève contre l’occupant franco-bavarois. L’âme de l’insurrection est Andreas Hofer, un aubergiste de Sankt Leonhard dans le Passienthal. Il se révèle un grand chef de guerre. Après avoir chassé les français d’Innsbrück au mois d’août 1809, il est vainqueur du Maréchal Lefèvre (le mari de la célèbre Madame Sans Gêne). Mais l’Autriche, vaincue à Wagram, l’abandonne. Pris par trahison, il est fusillé à Mantoue le 20 janvier 1810, après un procès expéditif. Andreas Hofer est devenu le héros mythique de la résistance à l’étranger, non seulement au Tyrol dont il est le héros national, mais dans tout le monde germanique.
Naturellement, le Congrès de Vienne en 1815, rend toute la vallée de l’Adige à l’Autriche. Le gouvernement de Vienne la joint à la vallée de l’Inn pour en faire l’une des 16 provinces de l’Empire autrichien, province appelée Tyrol avec Innsbrück comme chef-lieu. En 1867, le chemin de fer franchit à son tour le Brenner et cela, exemple unique dans les Alpes, sans tunnel ferroviaire.
4) Le XX° siècle.
Dans cette région le mouvement irrédentiste de l’Italie unifiée ne visait que le Trentin. Mais lorsque l’Italie penche du côté de l’Entente franco-anglaise en 1915, les militaires, profitent de l’occasion. Pour prix de l’entrée en guerre de l’Italie contre l’Autriche, ils réclament ce qui est leur obsession : la ligne des crêtes jusqu’au Brenner. Pour se gagner une alliée, France et Angleterre la leur promettent au traité de Londres (26-04-1915). En novembre 1918, l’armée italienne est accueillie en libératrice à Trente, alors qu’elle est considérée comme une force d’occupation à Bozen, vite rebaptisé Bolzano.
En 1919, les négociations du traité de Versailles faillirent capoter sur la question du Haut-Adige. Le président Wilson, au nom du principe des nationalités, refusait de l’attribuer à l’Italie. La délégation italienne claqua la porte de Versailles avec fracas. Orlando déclare à cette occasion : « Le Haut-Adige fait partie des frontières naturelles que Dieu lui-même a données à l’Italie ».( !) . Finalement, Wilson accepte cette annexion en échange de l’abandon par l’Italie de ses prétentions sur la Dalmatie. Le 10-09-1919, est signé le traité de Saint Germain en Laye entre l’Italie et la nouvelle république d’Autriche.
Le Haut-Adige, compris un moment dans une région artificiellement baptisée Vénétie tridentine, est alors à forte majorité germanophone. Le Fascisme y pratique une véritable politique de colonisation humaine pour inverser la tendance. Une forte présence militaire, entraînant l’afflux des familles, complète la domination italianisante. La langue allemande est proscrite : toponymie et patronymie sont italianisées. Certes, lorsque l’Autriche est menacée par Hitler en 1934, Mussolini masse ses divisions sur le Brenner. Mais la roue tourne et les deux nouveaux compères signent le Pacte d’Acier (22-05-1939). Ciano est alors chargé, avec Ribbentrop, de régler la question par un transfert de la population germanophone qui rendrait le Haut-Adige purement italien. A la capitulation du 8-09-1943, Hitler la règle d’une autre façon : il annexe le Sud Tyrol au Grand Reich, sans que le gouvernement fasciste de Salo élève la moindre contestation. Naturellement, cet anschluss sera déclaré nul à la Libération. Mais cet épisode du Haut-Adige devenu territoire allemand pendant deux ans annonce un grave problème pour l’Italie républicaine.
5) La difficile marche à l’autonomie.
En décembre 1945, Alcide De Gasperi arrive au pouvoir pour huit ans. Il a fort à faire pour effacer les séquelles de la guerre. La nouvelle Autriche demande le retour du Sud Tyrol à la mère patrie. De Gasperi réussit à le maintenir italien aux accords De Gasperi-Grüber signés le 5-09-1946, grâce à l’appui des Alliés. Mais, au traité de Paris le 10-02-47, ceux-ci reconnaissent à l’Autriche un droit de regard sur le Haut-Adige pour la protection de la minorité germanophone. La Constitution italienne du 27-12-1947, dans son article 116, attribue des formes particulières d’autonomie à des régions au statut particulier. De Gasperi, lui-même originaire du Trentin, fait créer l’artificielle Région du Trentin-Haut-Adige dès le 26-02-1948.
Cette solution ne satisfait pas les sud-tyroliens qui voient Rome renâcler devant la mise en actes de l’autonomie, surtout après le départ de De Gasperi. Ils passent à l’action violente à partir de 1957. La violence culmine le 11-06-1961 avec les 34 attentats de la « Nuit de feu ». D’abord limités aux biens de l’Etat, puis radicalisés par la répression, 310 attentats au total causeront une quarantaine de morts, dont plus de 20 carabiniers. C’est alors que la presse internationale parle « d’épine dans la chair italienne » et que l’affaire est portée, en vain, devant l’O.N.U. Finalement un accord aboutit à la loi constitutionnelle de 1972 qui rend le Haut-Adige plus autonome non seulement vis à vis de Rome mais aussi vis à vis de sa propre Région.
Lorsque s’effondre la Démocratie Chrétienne en 1993, les majorités gouvernementales deviennent facilement très minces : songez que Romano Prodi a gouverné deux ans avec UNE voix de majorité au Sénat. Deux députés du parti germanophone du Haut-Adige sont autonomistes. Ils monnaient leurs voix et en profitent pour grignoter les résistances centralisatrices. La coalition de centre-gauche, l’Olivier de Romano Prodi, vote enfin la Loi Constitutionnelle du 31-02-2001. Cette loi semble avoir réglé le problème du Haut Adige/ Sud Tyrol par des solutions au moins aussi complexes que les péripéties historiques.
II) Aperçu sur la situation actuelle
Au fait, de quelle province parlons-nous ? (province est à prendre au sens italien : l’équivalent de notre département)…. Du Haut Adige ?... Géographiquement, c’est exact… Historiquement et administrativement, c’est faux. Rappelons d’abord que le premier Haut Adige fut le nom du Trentin au temps de Napoléon, Roi d’Italie. Ce nom est donc remonté d’un terroir à un autre ( comme celui de la Haute-Savoie, région d’Albertville de 1815 à 1860 ). Depuis le Moyen Age, c’était le Tyrol du Sud. Le Haut Adige en tant que province n’a existé qu’au XX° siècle. Depuis 2001, son nom officiel est « Provincia Autonoma di Bolzano- Alto Adige » et, à parité, « Autonome Provinz Bozen – Südtirol ».
Cette double appellation reflète la dualité de la population. Elle a beaucoup varié au cours du siècle dernier. En 1910, la population était à 89% germanophone, à 8% italophone. Dès 1921, les proportions passent à 75% et 11%. En 1960, l’italophone culmine à 34%, la germanophone descend à 62%. Depuis, la population italienne ne fait que décroître, la germanophone ne cesse d’augmenter. Le recensement de 2001 donne les chiffres suivants : 117 000 italophones ( soit 26% ) , 296 000 germanophones ( 65% )… Si vous savez compter, 65 + 26 = 91… Et les 9% restants ? On les retrouvera bientôt. En attendant, force est de constater que les chiffres justifient la double appellation de la province, et l’inversion des termes dans les documents locaux.
Et nos 9% ? …Disparus ? La moitié est composée d’immigrés de diverses nationalités et donc alloglottes. L’autre moitié, soit 18 000 locuteurs, appartient au groupe linguistique appelé le Ladin (avec un D comme Désiré). Le Ladin est une véritable langue, bien connue des linguistes. C’est une langue romane, ou plus exactement rhéto-romane. Rappelons-nous le premier paragraphe de l’historique. Les Rhètes étaient des Celtes romanisés. Ils furent repoussés dans les hautes vallées par la progression des tribus germaniques dans la Rhétie antique. Non seulement ils ont conservé leur langue, mais elle progresse au XX° siècle, passant de 9 000 à 18 000 locuteurs. Le même phénomène s’est produit dans le canton suisse des Grisons – où l’on parle le Romanche – et dans les Alpes Juliennes – où l’on parle le Frioulan. La province que nous présentons est donc officiellement trilingue, ce qui contribue à la complexité de son administration. Ainsi, elle a un troisième nom officiel, en Ladin cette fois. « Provinzia Autonoma de Bulsan – Sudtirol ».
Certes, elle continue à faire partie de la Région autonome du Trentin Haut Adige. Mais, contrairement aux autres Régions italiennes, cette structure est presque une coquille vide. Elle n’a ni gouverneur, ni junte régionale. Tous les deux ans, sa présidence revient à l’un des deux présidents de chaque province. Son assemblée régionale ne connaît pas les élections, sinon au deuxième degré, puisqu’elle est composée par la réunion des deux assemblées provinciales, siégeant alternativement à Trente et à Bozen. Ses compétences et son budget sont réduits à la sécurité civile, au cadastre et à la coordination des politiques économiques provinciales.
Le Conseil provincial (l’équivalent de notre Conseil général, mais élu au suffrage universel) de la province de Bolzano/Bozen s’appelle aussi la Diète, mot qui fleure le germanisme. Sur ses 35 conseillers, 25 sont obligatoirement germanophones, 9 italophones et 1 ladinophone : la langue prévaut sur les partis politiques qui se disputent les sièges linguistiques. Le président de la province se pare du titre de gouverneur, ailleurs réservé au président de région. Il est flanqué de deux vice gouverneurs, un germanophone, un italophone. Sa junte doit obligatoirement respecter la parité ethnique et comporter au moins un ladinophone. Presque toutes les compétences ont été dévolues à la province. Rome ne garde que les affaires militaires et doit sanctionner toutes les solutions provinciales aux problèmes de langue ; c’est une sorte de droit de veto pour protéger l’Italien. La province retient 90% des impôts prélevés sur son territoire, ce qui la rend la plus riche d’Italie en tant que province.
Malgré l’obligation légale de la proportionnalité ethnique, l’administration comprend encore 53% d’italophones (deux fois plus que ce à quoi ils ont droit), 45% de germanophones et 2% de ladinophones. Mais déjà toutes les démarches administratives – y compris celles de la Justice – peuvent être effectuées, à l’oral et à l’écrit, dans l’une des trois langues reconnues. Cela suppose des fonctionnaires polyglottes. D’ailleurs, après examen probatoire, ils touchent une « prime de bilinguisme » et si c’est le cas une « prime de trilinguisme » encore supérieure. Ce multilinguisme exige une organisation de l’enseignement propre à la province.
Contrairement aux vœux de la minorité italophone, chaque ethnie a ses propres cycles d’enseignement complets séparés, de la maternelle au lycée. Cependant dans les écoles germanophones, l’apprentissage de l’Italien est obligatoire en première langue. Et vice versa dans les écoles italophones. Quant aux Ladins, ils doivent apprendre les trois langues. Ce trilinguisme leur assure la priorité à l’embauche dans la Fonction publique territoriale. Chacune des langues a évidemment ses manuels scolaires et son Institut de formation des maîtres avec trois rectorats distincts. Bolzano/Bozen a créé une Université libre dont les diplômes sont reconnus par l’Etat. Les lettres sont enseignées dans les langues locales, Sciences et Techniques …en Anglais, ce qui met tout le monde d’accord. Avouons que la structure scolaire de cette province exige des élèves comme des maîtres une certaine souplesse d’esprit.
Les médias n’échappent pas au trilinguisme. Deux quotidiens : « Dolomiten » pour les uns (40 000 exemplaires), « Alto Adige » pour les autres et un hebdomadaire pour les derniers. Les Télévisions locales de l’une et l’autre langue assurent un certain nombre d’heures d’émissions en Ladin. Politiquement, la province est traditionnellement et nettement à droite, à l’exception paradoxale de Bolzano. Les italophones y sont encore légèrement majoritaires. Les germanophones soutiennent le centre-gauche italien – auteur de l’autonomie - qui, bien que minoritaire, administre la ville
Au referendum du 07-10-2002, le peuple italien a largement approuvé (50% de oui) la « Dévolution », le transfert de compétences aux Régions, y compris celle, exceptionnelle, du Haut Adige /Sud Tyrol. L’abcès semble donc résorbé et l’épine dans sa chair ne serait qu’un mauvais souvenir pour l’Italie, si… S’il n’existait encore un groupe d’extrémistes tyroliens qui exige le droit à l’autodétermination, ce que refuse Rome, évidemment. On les reconnaît facilement dans la vie sociale : ils pratiquent ostensiblement l’unilinguisme germanique… S’il ne couvait pas chez les italophones un certain mal-être devant la diminution progressive de leur influence. Eux ils se sentent italiens avant tout et non pas « sudtirolesi » comme leurs voisins. Le virus de la balkanisation est toujours en état de latence et risque de se réactiver au moindre incident.
Les Dolomites, qui offrent parmi les plus beaux paysages alpestres, restent impassibles devant les problèmes de ceux qui vivent à leur pied. .. Le vrai tourisme n’a pas, lui, un cœur de pierre. Il essaie de communier avec la nature mais aussi avec le vécu des hommes. Rencontrer l’Italie, c’est aussi rencontrer des hommes qui parlent plus la langue de Goethe que celle de Dante.