Le Latium : Empereurs et Papes, palais et jardins

Le Latium (Lazio) est une région d’Italie centrale dont la capitale est Rome. C’est la campagne romaine, le lieu de villégiature des riches Romains de l’époque impériale et de la Renaissance. Deuxième région la plus peuplée d’Italie après la Lombardie (6 M.hab.) avec une forte densité (342 h/km2).

Le latium aria7400001Entouré des provinces de Toscane, Ombrie, Marches, Abruzzes, le Molise et la Campanie, il s’ouvre sur la Mer Tyrrhénienne. Un patrimoine incomparable, le Latium est encore une région agricole, célèbre pour ses noisettes, ses vins (Frascati, Moscato, Montepulciano, Monte fiascone), ses fromages (Pecorino, et provolone). Région industrielle et surtout touristique.

Le latium aria7400002Une superficie de 17000 km2 avec 80% de zones montagneuses et de collines dominant seulement 20% de plaines. La vaste plaine alluviale de Rome couvre 2100 km2. Au Sud, les Marais pontins sont marécageux, naguère infestés de paludisme.

3 zones géographiques :

  • A l’Est, le Pré appenin (2000m.) avec les Monts sabins au Nord.
  • Au centre, la zone volcanique avec les Monts albains et Cimini dominant les lacs de cratère : Bracciano, Bolsena, Vico, Albano et Nemi.
  • A l’Ouest, plages de sable et promontoires : Circé 541m. Gaète 171m. Anzio. Terres volcaniques donc riches (pouzzolane, tuf, pépérin), calcaires jurassiques et crétacés pour la construction, terres à vignobles, alluvions fluviales sur la côte d’Ostie au débouché du Tibre.

Somme toute de bons pays que nous allons découvrir par une première nuit-étape à Viterbe, puis quatre nuits à Tibur ou Tivoli pour visiter Palestrina (ancienne Preneste des Romains) et Anagni, deux cités pontificales de l’époque médiévale.

Denis d’Halicarnasse, rhéteur grec qui vécut entre 60 av. J.C.et 8 ap. J.C., mort à Rome, qui écrivit les Antiquités romaines en 20 volumes nous apprend que de nombreux peuples ont précédé les Etrusques et les Latins. On sait aussi la présence de comptoirs mycéniens et phéniciens. Au IX è s. les Etrusques combattent des petites cités de populations plus anciennes. Au Sud, Sabins, Eques, Volsques et Albains sont implantés. Rome est fondé d’après la légende par Romulus et Rémus, en 753 av. J.C. descendants d’Enée. Suivent des rois sabins et étrusques jusqu’en 509 av. J.C. Au VI è s., la ligue latine comprend 47 cités confédérales qui combattent les Etrusques. Les trois derniers rois, les Tarquin sont étrusques (Tarquin l’ancien, Servius Tullius et Tarquin le superbe). Les rois chassés, la République s’installe et les Romains garderont une profonde aversion pour la monarchie.

Lors de ce voyage, la nature et l’histoire nous ont menés de découvertes en découvertes car nous avons glissé entre les ondées, de musées en jardins, au gré du soleil bienfaisant, faisant briller les buis, les fleurs, les eaux.

Essayons de restituer en langage ordonné ces leçons de nature et d’histoire avec

  • Un tableau de l’Empire romain au temps du siècle d’or des Antonins. Quelques portraits d’Empereurs, particulièrement Hadrien qui fit la renommée de Marguerite Yourcenar avec son roman « Les Mémoires d’Hadrien ». On visitera sa somptueuse villa, on insistera sur la formidable accumulation de richesses à proximité du port international d’Ostie visité en fin de parcours.
  • L’époque médiévale nous amènera à faire la synthèse d’une Eglise triomphante entre 1150 et 1300. Deux pontificats seront étudiés, ceux d’Innocent III et Boniface VIII, papes théocrates qui s’opposent aux empereurs germaniques et à Philippe le Bel dans la querelle des investitures et l’opposition des pouvoirs spirituel et temporel. L’idéologie chrétienne est exposée lors des Conciles : Latran IV (1215) Lyon I et II (1245 et 1274) qui élaborent une pastorale des laïcs. Mais le pouvoir intellectuel et spirituel étant détenu par les clercs et les moines, nous visiterons l’abbaye fondée par St Benoit de Nursie, Subiaco, reine des abbayes. Nous visiterons aussi le monastère basilien de rite byzantin de Grottaferata. En guise de transition, une digression anachronique, la légende de la papesse Jeanne, significative de la mentalité de l’ordre des Frères prêcheurs au service de la papauté et méfiante envers le beau sexe.
  • La troisième partie est une promenade de plaisance à travers les parcs et jardins, buts premiers du voyage. Seront présentés les théoriciens des jardins, les styles renaissance, maniériste, baroque chez la princesse Ruspoli, à la villa des monstres de Vicino Orsini, la villa Lante, la résidence d’été des Farnèse, la villa d’Este et ses jeux d’eau pour finir sur l’emplacement de la villa de Domitien à Castelgandolfo.

I -  D’abord Rome à son apogée.

 De 96 à 192 ap. J.C., on parle de siècle d’or sous les Antonins. Le latium aria7400002Cet empereur, Antonin le Pieux, 4ème de la dynastie, originaire de Nîmes, donc gaulois, représente le modèle accompli du bon comportement, de la sagesse et de la piété envers l’antique religion. Il donne son nom à la dynastie. Les Antonins inventent un nouveau mode de transmission du pouvoir, par adoption du meilleur, du plus digne et cela fonctionne jusqu’à Marc Aurèle, empereur philosophe et stoïcien qui commet l’erreur funeste d’adopter son propre fils, Commode, un tyran.

Depuis Nerva (96-98), plus de factions, guerres civiles, coups d’état militaires comme sous la République. Déjà Auguste avait changé les mentalités. Le princeps qu’il faut traduire par président de la Res publica, chose de tous, accumule autorité (auctoritas), pouvoir militaire (imperium), force qu’a donné la cérémonie du triomphe, le suprême pontificat, pouvoir religieux, la puissance tribunicienne, pouvoir sur les assemblées populaires, la possibilité d’inscrire les sénateurs sur l’album de la nomenklatura.

L’accumulation de toutes ces fonctions s’est accomplie chez Auguste qui savait que les Romains détestaient la royauté. Prudent, il sut se faire respecter sans montrer les attributs provenant de tous les pouvoirs accumulés. Les dynasties qui ont suivi, les Julio Claudiens puis les Flaviens n’ont pas toujours montré autant de prudence. A deux reprises, il y eut de graves crises en 69 après la mort de Néron et en 96 après la mort de Domitien. Les tyrans, quand ils abusèrent du pouvoir, furent assassinés ou contraints de le faire.

Le latium aria7400002Siècle d’or car c’est la pax romana qui règne sur l’immense empire de 3 M. 300 000 km2 et 70 M. d’humains bien disparates, qui sont implantés du Nord de la Bretagne (Angleterre) aux confins du Sahara, de l’Espagne méridionale à la Mer Noire. Partout, même civilisation : colonnes, amphithéâtres, mosaïques. Pourtant chaque province a gardé ses institutions, mœurs et langues. L’identité s’est conservée dans cette grande civilisation universaliste. Chaque cité imite Rome. Dans le culte, même plasticité, on trouve toujours les mêmes Dieux qui ont leur succursale à Rome. Le culte de Rome et des divins empereurs s’instaure alors que les Dieux locaux s’assimilent aux Dieux romains. Lucien Gerphanion affirme aussi que ce n’est pas un état policier. Seulement 350 000 soldats pour 10 000 kms de frontières. Des campagnes peu sûres et des villes dangereuses, la nuit. Cohésion par le système routier : 75 000 kms de route et prospérité par le commerce.

Le latium aria7400002Trajan (117-138), deuxième de la dynastie, crée un corps de fonctionnaires spécialisés dans les postes. De bonne réputation par sa simplicité de vie, sa loyauté envers le Sénat, Trajan est surtout un valeureux général. Bienfaiteur, il crée un système de crédit agricole avec prêts fonciers. Pour Paul Veyne, il permet le retour à la terre, l’arrêt des friches et même fait remonter la natalité. Bon organisateur, bon gestionnaire et respectueux du droit des individus (en témoigne sa correspondance avec Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie), cet empereur va de plus conquérir la Dacie (Roumanie) et s’emparer des mines d’or. Il renfloue alors les caisses du trésor de 165 tonnes d’or et 300 tonnes d’argent. J’ai admiré le trésor des Daces à Bucarest : de quoi rêver un bon bout de temps. Après la construction de la plus célèbre bande dessinée dédiée à cette guerre, la colonne trajane, haute de 30 m, Trajan se révèlera encore vainqueur des Parthes, annexera l’Arabie, la Syrie, La Cappadoce, l’Arménie, l’Assyrie et la Babylonie. Nouvel Alexandre, il porte l’Empire à sa plus grande extension. Le recul commencera par des révoltes juives en Cyrénaïque, Chypre, Egypte. Trajan se replie en laissant Hadrien, son parent, comme légat en Syrie. Trajan meurt en août 117 au cœur de l’Asie mineure. « Le meilleur des princes » a-t-on dit.Le latium aria7400002

 

 

 

A-t-il bien adopté son petit cousin Publius Aelius Hadrianus comme l’a affirmé Plotine, sa femme ?  Une amitié littéraire avait perduré entre l’impératrice et le légat de Syrie. A 42 ans, originaire de Bétique (Espagne), Hadrien est le cas à part dans la lignée des Antonins. Le latium aria7400002 On le surnomme « graeculus ». C’est un poète, un esthète, d’une curiosité insatiable, surtout grand voyageur. Sa vie est un roman comme l’a bien compris Marguerite de Crayencour, notre première femme à l’Académie française. Mal vu du Sénat, fantasque et manquant de sincérité pour ses Pères, il prend garde de les provoquer. Aussi diplomate qu’Auguste, il complète les réformes administratives de Claude, il fait monter la classe équestre, s’appuie sur elle avec habileté. Il s’intéresse aux lois, les rend plus humaines. Il garde auprès de lui son officine de législateurs. Constamment en tournée d’inspections, il réserve son attention à la Grèce, patrie de son âme, voulant faire d’Athènes une capitale intellectuelle. Mais il sait ruser pour ne pas affronter les vieux Romains de la Curie. Général implacable lors des rébellions juives en 117 et 132, il verrouille les frontières avec méthode : Mur d’Angleterre, limes le long du Danube comparable à la grande muraille de Chine. Réaliste, lucide, il comprend que l’Empire est à son apogée et que, dès maintenant, il faudra préserver.

 

 

 

Sa passion esthétique s’expose Le latium aria7400002 à la Villa hadriana à Tivoli à 30 kms de Rome. Ses lieux de rêve couvrent 120 ha, il regroupe les réalisations qu’il a aimées et la trace de son aventure amoureuse avec le jeune Antinoüs qui a été retrouvé noyé dans le Nil. Il bâtit en Egypte une ville en son honneur.Le latium aria7400002 La passion pour son jeune amant deviendra une idée fixe, une paranoïa dans sa vieillesse car Hadrien subit une vieillesse douloureuse. En 136, il se résout à adopter sous le nom d’Aelius Cesar un certain Ceionius Commodus, gouverneur de Pannonie, peut-être un bâtard pour Jérôme Carcopino. Mais il admire le sérieux du jeune Marcus Annius Verus (futur Marc Aurèle) qui n’a que 12 ans. Son premier choix, douteux, aurait pu faire transition mais Aelius disparaît en 138 ; il se rabat sur Antonin, une grosse fortune de Rome, pieux et distingué. Il lui demande d’adopter Marcus et Lucius Verus, fils d’Aelius Cesar. Il meurt le 18 juillet 138.

 

 

Antonin règnera 23 ans.Le latium aria7400002 Marc Aurèle sera l’empereur philosophe stoïcien dont la devise sera « supportes et abstiens-toi ».

La villa Hadriana, modèle pour les princes de la Renaissance fut dessinée par Hadrien lui-même. Passionné d’architecture, il prévoit les arrivées d’eau avec 4 aqueducs pour alimenter thermes, plans d’eau, fontaines et égouts. Quarante ha sont visités aujourd’hui, l’éparpillement des bâtiments pourrait faire croire à une improvisation, il n’en est rien. La partie souterraine est pensée avec les couloirs de distribution, les parkings pour chevaux. Il intégra une villa d’époque républicaine, de Sylla puis de César dont avait hérité Sabine, sa femme. Il y eut 3 phases de construction sur 20 ans de 118 à 138. A la Renaissance, la redécouverte fut effectuée par un graveur- dessinateur génial, Piranese ainsi que les architectes Sangallo et Borromini. Alors commença le dépouillement des lieux pour les collectionneurs privés et les grands musées européens. Après 1950, des fouilles méthodiques, avec des techniques modernes mettent en lumière le théâtre maritime ; le Canope, la piazza d’Oro, 3 thermes, 3 théâtres (d’eau, grec, latin), des bâtiments administratifs, la demeure impériale dans un ensemble de promenades sous portiques, d’espaces verts où l’on retrouve des monuments de culture grecque : Poecile, Académie,
Lycée, Prytanée ; de culture égyptienne : sanctuaire de Sérapis, canal reliant Canope à Alexandrie. On baptisa un bâtiment salle des philosophes sans oublier l’hospitalia et les bibliothèques.

Le latium aria7400002Quelques lieux emblématiques : le complexe du Poecile : immense portique (235 m sur 110) entourant un grand bassin (110 m sur 25) identifié au portique d’Athènes décoré de peintures. Les extrémités sont arrondies avec un mur qui double le péristyle au Nord pour protéger de la bise. On peut se promener au soleil, côté Sud, à l’ombre en face. Promenoirs pour certains archéologues, hippodrome pour d’autres, se fondant sur les dimensions et l’idéologie impériale.

Le latium aria7400002Le Théâtre maritime de 118 est une formation ronde entourée par la salle des philosophes, des thermes et des casernes. Ce théâtre est une architecture unique dans le monde romain avec pronaos, atrium, portique circulaire à colonnes ioniques couvert d’une voûte en berceau. Au centre, un canal délimite une île avec un édifice rond de 45 m de diamètre avec aussi un atrium, un portique, un petit jardin, un petit complexe thermal, quelques pièces et une chambre avec latrines. Est-ce le lieu de recueillement d’Hadrien où il se remémore sa vie, ses amours dans un décor grec apprécié.

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Le temple-sanctuaire de Venus qui abritait la statue d’Aphrodite de Praxitèle.

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Le Canope est le lieu le plus charmant de la villa. C’est un plan d’eau de 119 m sur 18, dimension d’une élégance raffinée. Canope est le nom de la ville d’Egypte réputée pour ses cultes à Isis et Sérapis. Le bassin symbolise l’antique canal d’Alexandrie à Canope où fut retrouvé le corps d’Antinoüs.

 

 

 

 

Une double colonnade à l’Est, simple à l’Ouest avec 4 atides de l’Erechthéion d’Athènes.Le latium aria7400002 Au fond du bassin, le Sérapeum raccordé par un petit plan d’eau rectangulaire de 15 m sur 10 ; des statues d’Antinoüs ont été retrouvées sur le lieu et valide l’idée d’un lieu sacré dédié au jeune amant.

Antinoüs, originaire de Bithynie vers 111, mourra à 20 ans et sera divinisé par Hadrien. La rencontre avait eu lieu dans l’hiver 123 ; sa mort accidentelle fut diversement comprise par Hadrien : victime volontaire pour prolonger la vie de l’empereur ou victime divinatoire car les Egyptiens croyaient que les noyés du Nil étaient les serviteurs d’Osiris. L’inscription de Yourcenar en exorde à son livre serait un poème de l’empereur à moins qu’il ne soit l’œuvre du poète Probus, familier d’Hadrien.


    

     Animula vagula blandula            Petite âme, errante, caressante
     Hospes comesque corporis        Hôtesse et compagne du corps,
     Quae nunc abibis in loco           Qui maintenant disparait dans des lieux
     Pallidula, rigida, nudula              Livides, dénudés, figés,
     Nec, ut soles, dabis iocos          Tu ne pourras plus, selon ton habitude, t’abandonner à tes jeux.

Deux interprétations de style allégorique sont possibles : Hadrien propose la fusion des cultures latines, grecques, égyptiennes en hommage à la Méditerranée qui de Rome aboutit à l’Egypte, passant par Athènes (le petit bassin se greffant au grand symboliserait le delta du Nil). Ce serait aussi un lieu du culte impérial, Hadrien s’y mettant en scène en Sérapis lors de banquet d’apparat.
Dans les parages : casernes de vigiles, logements pour officiers de la garde impériale et prétorienne.
La terrasse de l’Académie, longue de 200 m domine une pente raide où coule un ruisseau assimilé à la vallée du Tempé en Thessalie. Dans la partie élevée, un temple à Jupiter. C’est la plus belle vue de la villa, surplombante.

La cour d’Hadrien comprend 3000 personnes qui forment une société très hiérarchisée. Il y a les proches du maître, les soldats de la garde, courtisans de 2ème rang et les serviteurs logés dans l’hospitalia. Les petits thermes sont réservés au 1er rang, les grands au tout venant. Les femmes se baignent le matin, les hommes, l’après-midi. Les mosaïques fines ornent les petits thermes (opus vermiculatum qui s’oppose à l’opus tesselatum).
Les caves, les passages agrandis en réseaux, les galeries hautes de 5 m, à 7m sous terre, longues de 100 à 300 m, sont éclairées par des torches permettant les allées et venues des serviteurs. Des parkings à chevaux (jusqu’à 260 boxes), à chariots (200 pour le transport de la nourriture).
Dans la salle des philosophes se déroulent les déclamations et joutes oratoires. Dans l’hospitalia, il y a 10 chambres pour l’élite de la garde impériale, un autel pour le culte de l’empereur.
Hadrien se repose, lit, compose dans la villa ; il se livre aussi à des pratiques divinatoires, célèbre la mystique de la fonction impériale. Point central de l’Empire, il se rend tous les jours à midi en son centre. Par une ouverture du toit, un peu de lumière solaire tombe sur lui. Il représente le sol invictus. Paul Petit, notre maître à Grenoble, pensait qu’il se prenait pour un authentique philosophe car il en avait adopté l’allure et surtout la barbe. Après Hadrien, on classe les empereurs romains en barbus (cultivés) et les autres.

La simplicité du palais contraste avec la piazza d’Oro, aux mosaïques et statues d’or. 300 sculptures ont réchappé comme le Faune et les Centaures au Musée du Capitole et Dionysos.Le latium aria7400002 De la villa hadriana aussi la tasse Farnèse qui est à Naples, grand camée de sardonyx, chef d’œuvre de la glyptique, merveille transférée d’Alexandrie, d’époque Cléopâtre 1, (200 av. J.C.), acquise par Laurent le Magnifique en 1471 au Pape Paul II. Elle représente la triade alexandrine : le roi mort Osiris, la reine-mère Isis qui transmet la puissance royale au roi vivant Horus chargé de distribuer les bienfaits du Nil. Le mythe égyptien est capté par Hadrien. Nouveau Jupiter ou Apollon, Hadrien représente les Dieux sur la terre qui transmettent les rayons solaires divins au peuple, assurant ordre, justice par une saine législation.
En 138, son corps fut déposé dans le colossal mausolée du Château Saint Ange. Il avait aussi achevé le Panthéon de Rome, commencé par Agrippa.

Il est temps de quitter cet homme hors du commun, cosmopolite, novateur, esthète, jouisseur mais législateur prudent et visionnaire.
OSTIE Le latium aria7400002

Ces merveilles ne furent possibles que par la construction des Bouches de Rome, le port d’Ostie, visité dans la douce fraîcheur des pins maritimes. Selon Virgile, Enée y aurait débarqué après l’incendie de Troie. L’archéologie fait remonter la ville à 335 av. J.C. après la prise de la ville étrusque de Véiès. Site stratégique lors de la 2ème guerre punique (les bateaux vont approvisionner l’Ibérie où a débarqué Hannibal). En – 211, Publius Cornelius Scipio embarque pour l’Espagne avec 30 quinquérèmes. On construit peu après un théâtre et la place des corporations. En – 87, Marius débarque avec 40 navires, pille la cité et s’empare de Rome. Mais Cicéron en – 63 fait réparer les portes et les murailles.

Sous la République, Ostie fut l’entrepôt de Rome, on trouve des maisons à atrium et péristyle, peut-être 10 000 habitants (on calcule avec les lits = 217 lits avec 9 convives par lit +femmes et enfants).
Sous l’Empire, on importe du matériel lourd : marbres de Numidie et de l’île de Chio, onyx d’Egypte, pierres rares, obélisques en granite. Le bassin portuaire est localisé seulement en 2012 par carottages sédimentaires, il a une profondeur de 6 m sous le niveau marin antique et Strabon, géographe (58 av. – 21ap. J.C.) fait allusion au comblement du port par alluvions du Tibre. Les gros bateaux stationnaient au large et de petites embarcations faisaient la navette jusqu’au port. Donc un nouveau « portus » est construit à 3 km au Nord d’Ostie.

Le port de Claude, achevé sous Néron est un grand bassin artificiel alimenté par un canal dérivé du Tibre. Il y a un phare (monnaie). Cette nouvelle ville se développe au détriment d’Ostie avec 2 digues de 758 m de long et 3 de large et des débarcadères. Le phare est un ilot artificiel formé par un grand bateau de 104 m utilisé par Caligula pour ramener l’obélisque du Vatican.

Le port de Trajan construit de 100 à 112 est un bassin hexagonal relié au Tibre par un nouveau canal (Fiumicino). Sur 10 ha, on trouve les magasins à étages et entrepôts où s’entassent chandelles, torches, parchemins, rouleaux de papyrus, épices, poivre, vêtements, produits alimentaires. La colline du Testaccio à Rome où sont entreposés 50 M. d’amphores d’Auguste à 255 ap. J.C. permet d’affiner nos connaissances.

Sous la République

Importation Exportation
Huile (Bétique)   Vin de qualité
Vin bon marché (Tarraconaise) Céramiques d’Arezzo, lampes à huile
Garum  
Conserves de poisson (Bétique, Maurétanie
 Tingitane)  
 

                            

Ier siècle

Importation Exportation
Vin de Gaule (40%)  
Vins fins de la Mer Egée (5%)  
Huile d’Afrique  
Poterie de cuisine  


2 è et 3 è siècle

Importation Exportation
Vin de Maurétanie césarienne  
Vaisselle fine africaine.  


Le latium aria7400002 Ostie a pu compter 30 à 60 000 habitant au IIème s. Hadrien aménagea le centre, fournit les marbres du nouveau Capitole, construisit les thermes de Neptune, le quartier de la caserne des Vigiles. Sous Commode, un nouveau théâtre et la place des corporations furent réaménagées, sous Septime Sévère : bureaux des marchands, armateurs, banquiers Le latium aria7400002.

La surveillance est sourcilleuse : une corporation de plongeurs pour récupérer les marchandises tombées à l’eau.

Au III è s. la décadence s’accélère. En 387, Augustin voit sa mère Monique mourir à Ostie dans une maison avec jardin. Montaigne visite Ostie en 1581 et note que le Pape fait transporter à Rome des colonnes pour ses églises. Les Anglais pillent les œuvres d’art au XVIII è tandis que Pie VII organise les 1ères fouilles en 1802. Au point de vue épigraphique, c’est le plus riche site après Rome : 6 500 inscriptions en comptant les graffiti.

 

L’administration repose sur des préteurs, puis 2 duumvirs élus sous Sylla. Sous l’Empire, 2 édiles + un conseil de 100 décurions. Parmi eux, 81 esclaves et affranchis dont une femme. Il y a un archiviste (tabularius).

Les cultes sont dédiés à Vulcain avec un pontife nommé à vie. Culte aussi à Hercule, les Dioscures associés à Neptune, Jupiter, Venus, Spes, Fortuna et Céres. Il y a des flamines pour le culte des empereurs : Vespasien, Titus, Hadrien, Antonin et Septime Sévère.

Le questeur d’Ostie assure le ravitaillement de Rome et des armées outre-mer. Il prend le titre de préfet de l’annone sous Auguste. Sous Trajan, le procurateur d’Ostie et du Port est souvent africain. La sécurité comprend une cohorte prétorienne puis urbaine et des vigiles.

Le latium aria7400002Monuments : Forum à l’intersection du Cardo- décumanus, reconstruction du Capitole sous Hadrien ainsi que le temple de Rome et d’Auguste, la Basilique, la Curie et les bureaux des corporations.

Par Ostie fut acheminée la 2ème merveille alexandrine : « la mosaïque du Nil » Le latium aria7400002 que nous avons admiré à Palestrina dans le musée Barberini qui est situé à l’emplacement du temple de la Fortune primitive. Preuve du goût romain pour l’Egypte. Elle est datée de la fin de la période hellénistique du 1er siècle av. J.C.

 

 

 

 

 

II - MOINES, EMPEREURS et PAPES.

Rappelons quelques points de chronologie. Du Ve au XIe, c’est le haut Moyen- Age, les siècles obscurs de la féodalité et du défrichement par les grandes abbayes. Les beaux siècles sont les XIe, XIIe, XIIIe d’après Jacques Le Goff. La natalité a repris, les progrès de l’agriculture permettent une meilleure alimentation, le numéraire augmente. Les villes se développent, centres d’artisanat et de commerce : on les voit presque à l’état pur à Viterbe Le latium aria7400002, Palestrina, Anagni, Orvieto qui sont des résidences pontificales d’été. Les XIVe et XVe s. sont des siècles difficiles, où la population européenne diminue de moitié, siècles enlaidis par la peste noire de 1348, la guerre de Cent Ans en France et le grand schisme à Rome.

Nous allons privilégier le beau Moyen- Age car nous sommes dans les siècles où l’idéologie chrétienne triomphe par le travail d’encadrement intellectuel des grandes abbayes comme Subiaco, Monte Cassino avec St Benoît de Nursie Le latium aria7400002 et les abbayes basiliennes de rite byzantin comme Grottaferata.
La société est divisée en 3 ordres : les oratores, ceux qui prient, moines et clercs ; ceux qui combattent, les nobles, ceux qui travaillent, les laborantes, au service des deux autres.

 

 

Avec St Benoît (480 ou 490 – 543 ou 547), père du monachisme en Occident, la vie monacale s’organise. Représenté avec la coule noire des Bénédictins, la crosse d’évêque-abbé et un livre, vraisemblablement la règle. De famille noble, il a une sœur Scholastique et reçoit une bonne éducation à Rome : droit et lettres classiques. Rome, ville d’un million d’habitants sous Théodoric est un lieu de tentations pour Benoît qui décide de se consacrer à l’étude de la Bible. Après un épisode miraculeux, il choisit la vie d’ermite à Subiaco Le latium aria7400002. En fait, il cherche Dieu dit le Pape Grégoire le Grand, son biographe. Après des tentations dignes de St Antoine du désert, il choisit une grotte et vit comme les moines d’Orient (Paul de Thèbes, Basile de Césarée). Sollicité pour devenir abbé vers 510, il impose son autorité et des pénitences qui rebutent ses moines qui cherchent à l’empoisonner. Benoît retourne dans sa solitude, la grotte, mais finalement décide d’encadrer les nombreux disciples qui le sollicitent pour former une communauté.

Il fonde 12 maisons de 12 moines et un abbé, lui-même forme les postulants dans une 13 ème maison. Il met alors l’accent sur l’humilité intérieure plus que sur les mortifications. Suit une autre tentative d’empoisonnement, il se rend dans un plus grand désert, le Mont Cassin. Entouré de forêts, le désert est un lieu dangereux, séjour des démons car dédié aux anciens dieux. Une chapelle à St Martin de Tours et un oratoire à St Jean Baptiste sont élevés, par souci d’exorcisme.

 

Beaucoup de miracles, prodiges, prophéties nous ont été transmis par « les dialogues » de Grégoire le Grand, réminiscences des miracles bibliques.

St Benoît composa la règle qui eut un immense succès. Il préconise 4 vertus pour le moine : modération = discretio pour nourriture, boisson, sommeil, gravité=silence, austérité et douceurLe latium aria7400002 Le service de Dieu culmine dans l’office divin qui comprend matines (3h du matin), laudes (6h), tierce (9h), sexte (midi), none (15h), vêpres (18h) complies. C’est l’opus dei : prier selon les heures. Trois temps : prière, lecture (lectio divina), travail manuel. Ce mode de vie a dépassé les limites des abbayes et fut pris comme exemple pour l’organisation en entreprise. Les Bénédictins de Cluny mirent l’accent sur la liturgie, ceux de Citeaux sur le travail manuel et Saint Maur, sur le travail intellectuel.

L’autre haut lieu visité est un monastère fortifié de liturgie orientale Le latium aria7400004 qui dépend aussi du Pape François. Près de Frascati, fondé par St Nil en 1004, il suit la règle de St Basile.    

 

 

Venant de Calabre, terres byzantines, Nil de Rossano obtint des terres du Comte de Tusculum et installe ses moines sur une ancienne villa romaine.Le latium aria7400002 L’église est achevée en 1024 et dédiée à Marie, mère de Dieu. Très souvent ruinée, l’abbaye est occupée en 1241 par Frédéric II empereur du Saint Empire. A la Renaissance, elle devint un centre d’études des lettres grecques, d’où sa bibliothèque particulièrement précieuse. Le Pape Jules II la fait entourer d’un mur de fortifications. Le fondateur Nil avait été un grand calligraphe, les moines scribes du XIII è ont laissé des manuscrits précieux (plus de 1000, grecs ou latins et des centaines d’incunables).

Campanile et portique sont du XII è. Dans le narthex, le baptistère avec fonts baptismaux de style byzantin du XI è, le sol de la nef aux dessins polychromes des Cosmates. L’iconostase dessinée par Le Bernin avec l’icône de la Théotokos. Voici le dernier monastère grec-oriental d’Italie qui étaient nombreux jusqu’au XI e, rappelons le bijou architectural de Stilo en Calabre.

La lutte du Sacerdoce et de l’Empire.

 

 

 

A l’occasion de cette visite, nous avons rencontré Frédéric II, l’un des plus grands champions de la lutte contre les papes, finalement vaincu en 1250, à sa mort. Avant lui, Henri IV empereur germanique, s’était rendu à Canossa pour s’humilier dans la neige à la porte du château de la Comtesse Mathilde de Toscane en 1077. Il s’était aussi agenouillé devant le Pape Grégoire VII pour la levée de l’excommunication portée contre lui. La lutte entre les empereurs et les papes dura jusqu’en 1308. Philippe le Bel, roi de France succédant aux empereurs germaniques. Ce pouvoir temporel des Papes n’ayant fait que s’enfler notamment sous Innocent III (1198-1216) et Boniface VIII (1294-1303).

C’est à l’occasion des investitures pour les évêchés et les abbayes que le combat fut le plus paroxystique. Le Pape Innocent III voulut faire jouer son droit à confirmer l’élection du Roi des Romains et réussit même à arracher des territoires en Italie. Tuteur de Frédéric II, il espère, en la circonstance, neutraliser les ambitions impériales. Des ligues urbaines en Italie du Nord comme la ligue lombarde sont soutenues par les papes, et guelfes (partisans du Pape) et Gibelins (pour l’empereur) se déchirent.

Le latium aria7400002

Innocent III, nous avons croisé son portrait à Subiaco sur une fresque bien suggestive. Elu à 37 ans, Lothaire de Segni bénéficie d’un réseau exceptionnel auprès des classes les plus élevées de la société européenne ( en plus, un oncle, un neveu et un petit neveu seront papes). Il succède à Célestin V mort à 90 ans (mis en enfer par Dante). Une éducation cosmopolite : Paris pour la théologie, Bologne pour le droit, il fit le pèlerinage au sanctuaire de Thomas Beckett à Cantorbéry, il connaît l’Angleterre. Cardinal avant 30 ans, il rédige facilement un traité d’ascétisme et un autre sur la messe. Mêlé, comme on l’a vu, aux imbroglios politiques des candidats allemands pour la succession au trône impérial, au moment du couronnement du jeune fils d’Henri VI, Frédéric II, il croit avoir gagné car sa mère a suscité la protection du Saint Siège et lui confie l’éducation du jeune prince.

Fin politique, il ose frapper d’interdit l’Angleterre et excommunie Jean sans Terre qui a refusé Etienne Langton comme archevêque de Cantorbéry. Le roi se soumet : ses territoires sont réduits à l’état de fiefs du Saint-Siège. Pourtant il soutiendra Jean sans Terre, déclarant nulle la grande Charte imposée par les barons. Il intervient dans les mariages des familles régnantes en Europe (Espagne et France).
Souhaitant restaurer le contrôle des Chrétiens en Terre Sainte, il encourage la 4e croisade  qui débute à Venise en 1202. Dès le départ, c’est une lutte acharnée pour le trône de Constantinople. Après multiples intrigues, les croisés procèdent au siège de la 2ème Rome, on incendie en 1204, on pille à tel point que ces faits symbolisent la barbarie latine pour les chrétiens de langue grecque. Les atrocités ne seront jamais oubliées ni pardonnées et représentent l’obstacle majeur à la réconciliation avec les orthodoxes entamée au Concile Vatican II. On vole les vases précieux, le retable d’or transporté à St Marc à Venise. L’historien jésuite américain dont je me suis inspirée parle « d’ignominie extrême ».

Véritable créateur des Etats pontificaux, Innocent III se fait appeler « vicaire du Christ » et non vicaire de Pierre. Cette appellation eut un énorme pouvoir rhétorique qui dura jusqu’au XX e s.

Il encouragea les nouveaux ordres mendiants : dominicains de Saint Dominique qui fonde  les frères prêcheurs, et franciscains, les frères mineurs de St François d’Assise. Les premiers devaient lutter contre les hérétiques albigeois ou cathares.Le latium aria7400002 Le poverello d’Assise crée une communauté de clercs et laïcs unis par le désir de vivre avec Dame pauvreté, irradiant un message de paix et de joie.

Ce nouveau type de pasteurs, à côté du clergé local dans les paroisses, exerce son ministère sous l’autorité du supérieur plutôt que sous celle de l’évêque. Cela renforce le pouvoir du Pape qui les encourage à évangéliser les villes, créer des chaires dans les universités, fonder des écoles de théologie. Ainsi les maîtres en théologie sont franciscains comme Bonaventure ou dominicains comme Albert le Grand et Thomas d’Aquin, qui enseignent à Paris, centre mondial de la théologie scolastique. Des missions d’évangélisation sont prévues vers la Tartarie, la Russie, la Chine (Jean de Plan Carpin= frère mineur).
Grand administrateur, il surveille les évêques mais limite les recours à Rome, il réforme la Curie, réprime les abus, lutte contre la corruption (plus de 6000 lettres dans les archives).

Il préside le 4e Concile du Latran en 1215, qui fut un succès, car il cherche à représenter toute la communauté ecclésiale, laïcs et clercs : 400 évêques, 800 abbés, (on voit le poids du monachisme), les ambassadeurs d’Angleterre, de France, d’Allemagne, Hongrie, Aragon et Portugal. La grande diversité des propositions émanant des évêques de terrain permit à l’Eglise de donner une impulsion dogmatique et pastorale pour 3 siècles, jusqu’au Concile de Trente en 1545.

Concile ultra rapide, 20 jours seulement, car la préparation en fut très minutieuse. On vote des textes sur les sacrements, le mariage, la conduite des prêtres et des fidèles. On institue la loi de la confession et de la communion au moins une fois l’an pour tous les fidèles des deux sexes. La recherche théologique fut encouragée, elle travaillera, à l’image de ce siècle amoureux des chiffres à organiser la science religieuse et profane selon des rythmes septénaires : 7 sacrements, 7 péchés capitaux, 7 dons du Saint Esprit, 7 arts libéraux (trivium= grammaire, rhétorique, dialectique, quadrivium= arithmétique, géométrie, astronomie, musique), base de l’enseignement pour des siècles.

Cependant Innocent III, intègre et fin politique a commis deux colossales erreurs : la 4e Croisade lui a échappé et il a favorisé la Croisade contre les Albigeois. En 1213, il encouragea un tribunal d’exception qui deviendra l’inquisition, le départ d’une sombre histoire qui aboutira au bûcher de Montségur en 1244. Il meurt en 1216.

Très grand Pape comme administrateur de l’Eglise interne, il fit respecter l’Eglise à l’égal de Grégoire le Grand mais l’histoire le jugea bien plus sévèrement.

 La grande préoccupation du siècle est l’appréhension des fins dernières. L’anxiété des fidèles est grande sur le destin des âmes après la mort. La société et l’Eglise, de concert, vont peu à peu inventer le purgatoire Le latium aria7400002 entre le paradis et l’enfer. Dante dans la Divine comédie résume les acquis théologiques, propose une comptabilité des péchés dont découlera l’idée d’indulgences.

Les deux conciles de Lyon sont les témoins des préoccupations des fidèles. En 1245, Innocent IV veut déposer Frédéric II, il demande à Louis IX de tenir ce concile à Reims. Le saint Roi veut rester neutre. Les 3 sessions eurent lieu à la cathédrale St Jean en construction. Les chefs d’accusation contre l’empereur sont : l’abjuration de Dieu, rupture de la paix avec l’Eglise, sacrilège pour emprisonnement de cardinaux et hérésie. Frédéric dut se présenter à Lyon sans arme mais sollicita de nobles amis comme soutien : les Beaujeu, La Tour du Pin et Amédée IV de Savoie. L’Empereur sera déposé, ses vassaux libérés de leur serment de loyauté, les Allemands invités à faire un nouveau roi.

Dans l’intervalle des conciles lyonnais, Rome, n’étant pas sûre, car livrée aux factions des barons Savelli, Orsini et Colonna, qui convoitent le siège pontifical, les élections se font à Viterbe, Pérouse, Arezzo et Naples. En 1241, les cardinaux furent mis sous clés (com clavo) d’où vient le mot conclave. A Viterbe en 1268, ils mettent 3 ans pour élire Grégoire X, on dégarnit le toit pour les soumettre aux intempéries et on leur coupe les vivres. Ils élisent alors un homme pieux, instruit, non cardinal qui définit alors les règles du conclave. Le 2ème Concile de Lyon, en 1274, fut un concile d’Union avec Constantinople, car furent présents l’ambassadeur de l’Empereur Michel Paléologue, des membres du clergé grec et même les ambassadeurs du Khan du Tatar. Les Grecs lurent le symbole de Nicée avec l’addition occidentale du Filioque pendant la messe pontificale. On pensa que l’Union des Eglises d’Orient et d’Occident était réalisée : il n’en fut rien. Il faudra attendre la rencontre Paul VI et Athénagoras en 1965. On condamna aussi le prêt à intérêt, on déposa les prélats les plus indignes.

Après 1262, Charles d’Anjou, frère de St Louis créa un royaume angevin en Italie du Sud, sollicité par Urbain IV, pape français. Les levées d’argent, la richesse de l’Eglise attise les critiques des « spirituels » franciscains progressistes qui veulent ramener la pauvreté dans l’Eglise et l’élection d’un Pape « angélique » pour sauver l’institution de sa mondanité. Les thèmes millénaristes de la fin du monde se répandent avec Joachim de Flore, rencontré en Calabre. Dans ce contexte d’amertume émerge la légende de la papesse Jeanne.

Le latium aria7400002 Une femme instruite, anglaise d’origine, née à Mayence déguisée en homme régna deux ans sur le trône pontifical. Au cours d’une procession entre le Latran et St Pierre au Vatican, elle accoucha devant tout le monde. Les dates retenues : 855-858 sous Jean VIII ; l’histoire fut forgée de toutes pièces par les théologiens dominicains hostiles aux femmes. Jean de Mailly, Vincent de Beauvais, encyclopédiste de St Louis (1260) et d’autres colportent ces ragots. Jacques de Voragine, auteur de la légende dorée dénoncent l’horreur de la pollution du sacré par les femmes. Cet épisode suscite un nouvel objet : le siège percé et un nouveau rite : la palpation. Les processions changent d’itinéraire pour éviter le lieu de l’accouchement. La papesse est une contre image du Pape et signifie le refus de l’autre sexe. On la trouvera sur les cartes de tarot, elle se mâtinera en sorcière, figurera dans le cortège des dames dépeint par Boccace en 1361, entrera en littérature avec Rabelais et Voltaire. Un couplet du « ça ira » à la Révolution la rappelle :

« Quand sur le front de Jeannette      La tiare brillera
      A notre choix ma poulette
      Oui, tout Rome applaudira
»   Ah, ça ira.


Conclusion de Le Goff : « l’image de cette scandaleuse héroïne n’est sans doute pas absente de l’inconscient vaticanesque d’aujourd’hui. »

La querelle Philippe le Bel- Boniface VIII est plus sanglante. Les deux pontifes qui suivent sont tous deux dans l’enfer de Dante : Célestin V et Boniface VIII ; le premier, élu à 85 ans sait à peine lire le latin. Charles II d’Anjou le protège, l’installe à Naples et lui fait accomplir ses volontés. Il abdique 5 mois plus tard pour incompétence, n’étant jamais venu à Rome.

Le latium aria7400002Benoît Caetani, de la petite aristocratie d’Anagni prend le nom de Boniface VIII. Etudes à Bologne. Maître en droit canon, doué d’un grand sens pratique, habile, arrogant, il accumule les bénéfices et pousse sa famille au rang des Orsini et Colonna. On le soupçonne sur l’abdication de son prédécesseur. Célestin V est mort de mort naturelle mais la rumeur court contre Boniface. Les deux cardinaux Colonna sont dans les rumeurs et un neveu Colonna détourne un trésor envoyé d’Anagni à Rome. C’est la guerre entre les Colonna et les Caetani. Boniface envoie des troupes pour s’emparer de la forteresse de Palestrina, château des Colonna. Les cardinaux Colonna se réfugient auprès de Philippe le Bel. Le petit fils de St Louis, grand calculateur, qui a imposé une taxe royale sur le clergé, interdit en 1296 l’exportation des recettes de l’Eglise de France vers Rome. Le pape canonise St Louis en 1297, en gage de bonne volonté.

Boniface invente l’année jubilaire en 1300 : véritable modèle pour l’avenir. Succès… Philippe le Bel déclenche de nouveau les hostilités par l’arrestation d’un évêque qu’il force à reconnaître blasphème, hérésie, trahison. Le Pape invite les évêques français à venir se réfugier à Rome, la moitié obéissent. Il publie la bulle « Unam sanctam ». Doctrine de la supériorité du spirituel sur le temporel. Philippe le Bel réplique en convoquant une assemblée chargée d’entendre les charges contre le Pape. On déclare que Boniface « ne croit pas en la vie éternelle. » Le roi de France envoie deux agents pour se saisir du Pape, le ramener à Paris et le juger. (Guillaume de Nogaret et Sciarra Colonna). A Anagni, des mercenaires entourent les appartements pontificaux, Boniface revêt les habits et rétorque : « Voici ma tête ! voici mon cou. » Nogaret empêche Colonna de tuer le Pape, les gens d’Anagni s’étant révolté pour leur prince, Boniface revint à Rome et mourut peu après. Dante, outré, le met en enfer pour sa volonté de puissance et son prédécesseur pour couardise.

Philippe le Bel a triomphé contrairement à Frédéric II ; La papauté est dans la tourmente. Après 1305, il y aura 7 papes avignonnais jusqu’en 1378, c’est la captivité de Babylone.    

III - Palais et jardins, renaissance, maniériste, baroque.

Nous voici rendus à l’ultime but du voyage : verdure et fraîcheur furent au rendez-vous. Les théoriciens des jardins oscillent entre paradis terrestre et espace familial. Au XIV e, XV e l’esthétique change : elle est moins guidée par la religion que par les besoins, les intérêts de l’individu. Une œuvre d’art sert la volupté, l’intellect et même la spiritualité.

Chaque théoricien apporte sa pierre à l’édifice.

  • Léon Baptiste Alberti (1404-1472). Son « de re aedificatoria » paraît à Florence en 1485 ; humaniste comme Léonard de Vinci, génie universel, il insiste sur la satisfaction des désirs individuels, la santé, le plaisir et cite le poète latin Martial (40-104) : « si on me demande ce que je fais à la campagne, je répondrai : peu. Je prends mon petit déjeuner, je bois et je chante ; je joue, je me baigne et je mange. Je me repose puis je lis. Je réveille Apollon et je taquine les Muses. » tiré des Epigrammes.
  • AIberti insiste sur les rapports étroits qui doivent s’organiser entre la villa et le jardin. Dans l’habitation, on doit retrouver des éléments du jardin : natures mortes, grandes ouvertures à l’extérieur, pergolas et loggias pour faire symbiose avec la nature. Pour les plantations, il préconise buis, myrte, laurier, cyprès couvert de lierre. Les figures doivent être géométriques avec branches de citronniers et genévriers plantés très proches. Le verger doit être disposé en quinconce (4 arbres aux angles et 1 au centre). On peut écrire les noms des maîtres en buis ou herbes odorantes à la surface des prés comme les anciens. Pour l’Antiquité, il s’inspire de Vitruve et Cicéron mais est encore proche des jardins médiévaux.
  • Didier Erasme de Rotterdam (1469-1536) dans ses « Colloques » datés de 1522 ; le jardin est le reflet des réalités divines. Jardin carré entouré de murs et subdivisé encore, comme au Moyen- Age : jardin des simples, verger +pré sauvage, gazon bien vert. On ajoute l’émotion, le plaisir et des éléments antiques : sentiers avec colonnes de marbre, pergolas pour la méditation, murs peints de fleurs, mosaïques florales sur le sol, peintures d’oiseaux car le plaisir doit être double, la nature et le talent du peintre. Il reste d’esprit médiéval et ramène tout à Dieu qui met la beauté à notre disposition.
  • Francesco Colonna, moine ou prince qui a laissé un roman allégorique : « Le rêve d’amour de Poliphile comparé au roman de la rose, qui paraît à Venise en 1499 ; il traite de l’aspect décoratif de l’architecture antique et des jardins. Il décrit des labyrinthes complexes, des arcades composées d’arbres taillées couverts de lierres et des jardins ornés de sculptures. Son jardin, l’île de Cythère, comporte 3 zones : un anneau de forêts, un anneau de prairie, et au cœur « le parterre ».
  • Dans l’anneau de prairie, des compartiments entourés de pergolas avec des pavillons aux carrefours. Les pavillons sont composés de 4 colonnes ioniennes soutenant l’entablement à architrave rouge sur lequel reposent des coupoles bordées de roses jaunes.
  • Au parterre central, des ornements avec nœuds et au centre, une construction de marbre comme un autel. Il décrit la verdure : sapins, buis taillés, rubans de verdure, feuilles d’acanthe mêlées de fleurs, citronniers taillés en rond, buis en croissants de lune, genévriers en cônes, haies de myrtes.
  • François 1er, enthousiasmé par tant de raffinement, constaté au palais du Té à Mantoue, fit arranger Fontainebleau sur ce modèle italien.
  • Bernard Palissy (1510 ?-1590?), né à Agen, potier hors pair (Musée d’Ecouen). Le jardin doit être accoté à une montagne au Nord et à l’Ouest (= la villa d’Este).4 grandes parties sont séparées par des allées avec au centre un amphithéâtre. Aux 4 coins, des grottes artificielles formant des cabinets et au fond de chaque allée, un petit cabinet. L’esprit du jardin est maniéré. Les petits cabinets en bois d’orme comme des temples antiques avec herbes et mousses.
  • Charles Estienne (1504-1564) imprimeur et médecin se tourne vers les travaux pratiques et le jardinage (1564 : Agriculture et maison rustique). Le jardin est un site de production avec le potager ou les simples, le jardin des fleurs et des épices, le jardin fruitier ou verger. Le jardin d’agrément entouré de murs mène à l’extérieur, bordé de fontaines. A l’est, devant la maison, les fleurs et à l’ouest, le potager avec de chaque côté un carré de verger. Le jardin de fleurs a une fonction esthétique, entouré de charmilles avec buis, genévriers, cyprès, cèdres sur lesquels poussent jasmins et roses. Il a prévu un petit labyrinthe et un banc couvert de pelouses ; les variétés exotiques sont dans les massifs et la charmille comprend laurier, myrte, citronnier, olivier, figuier. Il décrit aussi des grottes. Le jardin est un système bien coordonné à l’habitation.
  • Johann Peschel, prêtre de Thuringe fit paraître un traité à Eisleben en 1597 ; le jardin d’agrément prime, il insiste sur la quinconce, la géométrie et sur la vision finale car la vue est essentielle. Dans les haies du labyrinthe, il voit des noisetiers et aveliniers, pour les couloirs extérieurs, des épineux, rosiers, épine vinette, au centre du labyrinthe, un pavillon ou un jet d’eau. Les massifs sont carrés avec cercle, diagonale et croix. Il préconise de paver ou sabler les allées, de se servir des cours d’eau pour les bassins. Il donne même les étapes successives de la construction du jardin. Il eut une forte influence.
  • Olivier de Serres (1539-1619) l’art du jardin devient art de cour. L’unique critère est le bon sens. En 1600, il publie à Paris : « Théâtre d’agriculture et ménage des champs. » Il franchit le pas de la renaissance au baroque. Le parterre est le tableau du peintre. Le jardin bouquetier est son préféré « conçu suivant les inventions et fantaisies des seigneurs, plus pour plaisir du regard que pour profit. » 4 jardins séparés par allées et charmilles. Tout de suite le bouquetier avec les parterres et beaux compartiments. Il définit compartiments, carrés et parterres. Plusieurs compartiments séparés par des allées forment un carré (quarreau). Plusieurs carrés donnent le parterre.
  • Les essences les plus hautes sont placées aux endroits stratégiques, les plus basses et fragiles entourent les compartiments. Il affectionne les buis qui sont taillés en pyramides, personnages, colonnes et animaux.

Maintenant, passons aux travaux pratiques, promenons-nous.

Le premier jardin est le plus touchant, l’un des plus authentiques de la Renaissance : le jardin Ruspoli. Dommage que la princesse Claudia ne fut pas de la visite. Côté Vignanello, Le latium aria7400002 c’est une demeure- forteresse qui donne sur la place du village. Le château primitif du IXe, reconstruit au XIIIe, dont les ouvertures sont agrandies à la Renaissance est remarquable d’austérité sur la grande place, charmant côté jardin. Réaménagé en 1538 par Sangallo le jeune pour le Comte Sforza Marescotti. Au XVII e, la famille prend le nom de Ruspoli à l’occasion d’un mariage.

Malgré sa longueur, le jardin donne une impression d’intimité. Agencé selon 2 axes, on distingue 3 quartiers divisés en compartiments. Des initiales sont tracées dans les buis : O O

 

 

 

Ottavia Orsini ; ce jardin géométrique fait transition entre espace privé, campagne et forêt environnante.Le latium aria7400002 Près de la demeure, une zone de repos caché sous des grands arbres où l’atmosphère est simple et familiale. Elle surplombe un jardin secret, caché. Dans une partie basse, en contrebas d’un haut mur, accessible par un seul petit escalier en colimaçon (voie secrète), ancien jardin d’amour ou de plaisance avec des plates-bandes de fleurs entourées de buis de forme géométrique, des églantiers et rosiers en espaliers le long du mur. L’ensemble est caché du centre par des charmilles. Cette partie est volontairement éloignée de la résidence pour être dissimulée au regard. Le parc s’annonce par une large allée enherbée, bordée de haie qui s’évanouit dans les arbres, espace de fraîcheur, de promenades. L’intérieur est confortable avec une chapelle où l’on vénère le saint de la famille ; les portes damasquinées du grand salon où se produisit pendant 3 ans l’hôte de la famille, le musicien Haëndel. Il peaufinait son art et vivait dans la demeure en face du château où nous avons déjeuné.

 

 

 

 

Le plus extravagant est le jardin des monstres à Bomarzo.

Le latium aria7400002C’est un complexe immense au pied du château Orsini. Construit par Vicino Orsini, un condottiere qui a guerroyé en Italie, Allemagne et France. Il épousa Giulia Farnese en 1554, qui meurt en 1560. Ce jardin lui est dédiée. Elle est la nièce de l’autre Giulia, maîtresse d’Alexandre VI Borgia.  

Trois étapes de construction : d’abord théâtre, fontaines et jeux d’eau puis lac artificiel, fontaine de Pégase et bassin à poissons, enfin les vases monumentaux du plateau, la place de Perséphone et le temple : la partie mémorial pour Giulia, l’épouse.

Aujourd’hui, on pénètre dans un sous-bois au fond d’une vallée où l’on découvre les sculptures fantastiques, les petits bâtiments de curiosité, vasques, urnes, obélisques, sphinx dans une végétation naturelle.

Pirro Ligorio (1510-1583) dessina les jardins, il fut aussi le maître d’œuvre de la villa d’Este. Le temple pour Giulia est de Vignole (1507-1573), Vicino lui-même sculpte « les monstres » dans la pierre dure : le pépérin.

En 1564, on parle de « bois sacré » mais le terme de monstres l’emporte dans le sens mostare : démontrer.

En 1954, ce jardin fut réhabilité par Giovanni Bettini et Tina Severi avec l’Institut d’architecture et d’histoire de Rome et les chercheurs français de l’Académie de France à Rome.

Après une porte architecturée portant emblème des Orsini, deux sphinx se font face puis Hercule écartelant Cacus, peut-être portrait de Vicino Orsini.Le latium aria7400002

Une tortue avec une renommée ailée sur un globe terrestre.

L’orque en contrebas, la gueule ouverte guettant un faux pas des promeneurs.

Les 3 Grâces en bas-relief sur une paroi d’un nymphée.

 

Venus sur une conque retournée.

Le latium aria7400002 Echidna, sirène à queue bifide, jambes écartées. Créature représentant le chaos primordial, fille de Gaïa et Tartare, mère de Cerbère, du sphinx, de l’hydre de Lerne, du lion de Némée.

 

 

 

 

Tête et corps de femme qui se termine en serpent = vipère en grec.

Lion, lionne, ours (Orsini) sur les armoiries.Le latium aria7400002

Un éléphant de l’armée d’Hannibal soulevant un légionnaire romain.Le latium aria7400040

Cerbère, le chien à 3 têtes qui garde la porte des enfers.   

 

 

 

 

 

 

 

 

La maison penchée en l’honneur du Cardinal Madruzzo, ami de Giulia et Vicino.Le latium aria7400002

Théâtre de verdure, nymphée.

Le latium aria7400002L’ogre sur la lèvre supérieure duquel est inscrit : « toute pensée s’envole », c’est la porte des enfers en référence à Dante, qui permet aux visiteurs de se reposer au frais.

Le temple de l’éternité, au sommet du jardin est un octogone avec coupole, précédé d’un portique de plan carré avec façade à fronton triangulaire. L’ensemble, de style grec fait penser au temple de Ségeste.
Beaucoup d’inscriptions jalonnent le parcours où l’on retrouve : le songe de Poliphile de Francesco Colonna, Le Tasse et le Roland furieux de l’Arioste.

 

 

 

Les interprétations sont multiples sur le sens à donner à ce jardin extravagant mais il fut une source d’inspiration pour Brassaï, Antonioni, Niki de Saint Phalle.

Le latium aria7400002La villa Lante à Bagnaïa, près de Viterbe est la plus équilibrée. Jean François Gambara, évêque de Viterbe connaît les travaux pharaoniques entrepris par Hippolyte d’Este à Tivoli, en 1564, ainsi que le jardin de ses cousins Farnèse à Caprarola. Il commande des plans à Vignola qui dessine le pavillon de droite. Ce Cardinal, proche du pape Pie V, est visité en 1581 par Montaigne qui garde un souvenir extraordinaire de ce jardin, supérieur à la villa d’Este. Un 2ème pavillon est rajouté plus tard, on aménage le bas du jardin et la fontaine de Pégase. Un siècle plus tard Hippolyte Lante Montefeltro della Rovere met la dernière touche.

 

 

 

L’eau forme l’ossature visuelle du jardin. Elle court au flanc de la colline Le latium aria7400002, suinte de la fontaine  du déluge, alimente la fontaine octogonale des dauphins, resurgit par la fontaine des Géants, Le latium aria7400002 traverse la table de pierre, puis souterraine, elle rejaillit par la fontaine des lumières, inonde la fontaine des Maures, alors qu’on a accédé au jardin par la fontaine de Pégase.

 

 

 

 

 

 

Le latium aria7400002

 

L’eau a structuré le paysage et stimulé le cheminement intérieur du promeneur. Depuis le village, on a fait l’escalier d’eau en entrant en poésie avec Pégase et les muses. Tout en haut, la fontaine du Déluge où l’eau sourd d’anfractuosités rocheuses et moussues on retourne à la source qui nous a relié aux muses.
Comble du raffinement, pas de chutes grandioses ni de cascades étourdissantes. Invitation à la promenade sentimentale ou doucement sensuelle tout en participant à des banquets et des joutes littéraires.

 

 

 

La splendeur des Farnèse nous fut révélé à Caprarola.

Le latium aria7400002 Cette villa de la Renaissance tardive fut construite de 1559 à 1630 ; nous n’avons pu visiter les jardins mais le château a bénéficié des soins des plus grands architectes : Sangallo le jeune, Vignole. Le Cardinal Alexandre Farnèse, petit fils de Paul III, garde le plan pentagonal et réalise un imposant palais pour lui-même et son frère, gendre de Charles Quint. Les bastions d’angle sont remplacés par de vastes terrasses, la forteresse gigantesque domine la route rectiligne du centre du village à ses pieds. Rien de plus orgueilleux que cette vue plongeante. Au centre du château s’ouvre une cour ronde et un Le latium aria7400002 escalier monumental à 5 niveaux : rez de chaussée : cuisine et services ; aux étages nobles : réception et appartements privés d’hiver et d’été. Dans les combles : logement du personnel avec escalier de service dans les murs. Escalier hélicoïdal ponctué de paires de colonnes ioniques du plus grand effet et fresques sur 3 étages.

 

 

Au 1er, les pièces sont agencées autour de la loggia centrale à 5 arches. Dans les salons d’apparat, consacré à la gloire des Farnèse, des fresques avec François 1er et Charles Quint.

Le latium aria7400002

Le plus intéressant pour la richesse documentaire est la salle de la mappemonde avec des cartes de 1574 ; dès 1550, Hippolyte d’Este avait commencé Tivoli, Caprarola devait l’emporter car les deux cardinaux étaient rivaux, Vignole fit donc un plan original, unique pour le château qui s’impose dans une certaine démesure.

Mais les plus somptueux jardins sont à coup sûr ceux de la Villa d’Este. Le latium aria7400002
Rien n’est assez beau pour le fils de Lucrèce Borgia : c’est le triomphe des eaux et de la musique.

 

 

On est comme accablé par tant de magnificence. Jardin des merveilles, s’il en est.Le latium aria7400002 Construit entre 1550 et 1572 dans le style maniériste, ce palais-jardin s’inspire et copie parfois la Villa hadriana, toute proche. On imite les techniques d’approvisionnement en eau des Romains et on ne se prive pas de piller nombre de statues et marbres.

 

 

 

Les jardins conçus par Pirro Ligorio et Thomaso Chiruchi de Bologne, grand hydraulicien, qui a travaillé à la Villa Lante reçoivent l’assistance du français Claude Vénard, spécialiste d’orgues hydrauliques. Le latium aria7400002 Certains ont eu la chance d’entendre du Palestrina. Corot visita la villa en 1843. Il admira le jardin en amphithéâtre au pied de l’église et du palais. L’axe central est croisé par des allées transversales ouvrant des perspectives avec des fontaines aux extrémités.Le latium aria7400002 Le plan est volontairement désaxé pour cibler l’ancien temple de la Sibylle de Tibur. Tandis que des points de vue permettent d’apercevoir Rome dans le lointain, objet des convoitises du Cardinal d’Este. Mais la demeure est le rêve d’un ambitieux qui ne sera jamais Pape.         

En attendant, cette visite est une jouissance provoquée par la magnificence des eaux qui chantent et enchantent dans le souvenir de Franz Liszt qui est venu en 1877 composer ses jeux d’eau de la Villa d’Este.

 

 

 

 

Pour terminer, ce fut Castel Gandolfo, récemment ouvert au public. Dominant le lac d’Albano, c’est le jardin le plus grandiose par ses dimensions et l’ancienneté de ses arbres et de sa flore.Le latium aria7400002 Situé sur l’emplacement d’une villa de Domitien, il en garde quelques grandioses vestiges où se réfugièrent pendant la guerre des habitants des villages environnants et quelques milliers de juifs.

On a pu admirer les pins parasols, les cyprès multi centenaires, un magnolia de 500 ans dans des immenses compositions florales desservies par des escaliers monumentaux.Le latium aria7400002 Les souvenirs des Papes qui vinrent en résidence d’été est vivace depuis Urbain VIII Barberini en 1626 jusqu’à Jean XXIII dont on voit le terrain de pétanque, l’allée où Paul VI discourait avec Jean Guitton, les souvenirs des derniers papes.

 

 

 

 

 

On visita aussi le musée Montemartini : l’Antiquité est reprise dans un cadre contemporain, une centrale électrique qui abrite les bustes des empereurs, des mosaïques somptueuses, un bouquetin de nos montagnes. C’est l’annexe du musée du Capitole.

Rêvons aux sons des jeux d’eau de la villa d’Este par Franz Liszt.