Les arts princiers au fil du Pô de la Chartreuse de Pavie, passant par Cremone, Mantoue, Ferrare

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Avec le compte-rendu du voyage de printemps, je me propose d’approfondir plus finement les œuvres d’art des villes traversées. Pour Pavie, Plaisance : les œuvres d’architecture et de sculpture. Crémone se révèlera cité de la musique, avec ses luthiers et Monteverdi, créateur d’opéra. Mantoue est un laboratoire de peinture stimulé par Isabelle d’Este, tandis que Ferrare, avec Lucrèce Borgia comme muse principale, fait revivre les cours d’amour, de poésies.

Je circonscris ma chronologie aux XVe et XVIe siècles, de 1400 à 1600.

Prenons connaissance des lieux. (Carte politique de l’Italie en 1402, morcellement en Italie du Nord)

I. LES PRINCES : galerie des portraits, Pavie, Plaisance.

Ils gouvernent de manière autoritaire, exerçant une dictature plus ou moins lourde sur leurs sujets. Ils sont surtout attentifs à faire fructifier leurs gros revenus soutirés sur leurs paysans, artisans, commerçants, artistes en boutiques ou de cour. Les impôts et taxes en tous genres leur assurent une vie luxueuse pour construire les nombreuses résidences, forteresses-châteaux en ville et demeures de plaisance à la campagne, avec jardins aux essences rares. On creuse des canaux pour alimenter les rizières et faire pousser des mûriers. Ils entretiennent des haras, aménagent bibliothèques et cabinets de curiosités où s’entassent livres et manuscrits rares, grecs et latins. Depuis la chute de Constantinople en 1453, les savants byzantins ont fui avec leurs trésors, manuscrits, œuvres d’art.

Ils raffolent des sculptures antiques, des gemmes rares, collectent les trophées de chasse, font confectionner des objets scientifiques. Il faut beaucoup d’argent pour acheter les tissus précieux lamés or et argent de Florence et Venise, choisir les parures de perles, rubis, émeraudes, et intailles antiques particulièrement prisées.

Les fêtes exigent musiciens, peintres, décorateurs, comédiens, bouffons et nains. Mécènes, les princes font travailler des centaines d’ouvriers pour perpétuer leur gloire. Ils participent à l’art nouveau qui est la Renaissance.

Deux personnages sont les maîtres à penser du moment et pour longtemps.

Le premier est Baldassare Castiglione (1478-1529) ; portrait par Raphäel au Louvre. ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pô

Il a une belle carrière de diplomate européen, avant l’heure.

Baldassare est issu d’une vieille famille lombarde qui a émigré à Mantoue sous Ludovic Gonzague auquel il est apparenté par sa mère. Marquis de Casatico, il fait de bonnes études classiques à Venise et Milan et connait la cour de Ludovic le More puis celle des Gonzague à Mantoue. Baldassare est à Milan à l’arrivée du roi de France Louis XII (1498). Devenu diplomate à Rome, il rencontre le duc d’Urbino, passe à son service en 1504.

URBINO est la cour la plus raffinée d’Italie, carrefour culturel avec Guidobaldo de Montefeltro et son épouse Elisabeth Gonzague dont les invités permanents sont Michel Ange et Pietro Bembo dont nous reparlerons.

En mission diplomatique auprès d’Henri VIII d’Angleterre, puis ambassadeur à Rome du duc d’Urbino, il est l’ami de Raphaël. En 1516, Baldassare se marie à Mantoue (Ippolita Torelli). Veuf, il débute une carrière ecclésiastique et met en relation l’architecte Giulio Romano avec le duc Frédéric de Mantoue. En 1524, le Pape Clément VII Médicis l’envoie comme nonce à Madrid où il suit Charles Quint à Tolède, Séville, Grenade. Au moment du sac de la ville de Rome, en 1527 par les troupes de Charles Quint, il est vivement tancé par le pape qui lui reproche de ne l’avoir pas prévenu. Baldassare rétorque au Pontife ses ambigüités et maladresses.

En 1528, il publie son fameux ouvrage « Le Courtisan », à Venise. Ce sont des leçons de diplomatie et de savoir vivre. Il décrit les cours d’Urbino et d’Angleterre. Dès 1537, une traduction française parait, suivie d’une espagnole puis allemande, anglaise, latine. Son livre est le manuel de bonnes manières des cours européennes jusqu’au XVIII è s. La courtoisie est hissée au rang des valeurs sociales. « Omnia vincit politus » suivant l’adage de Platon. C’est le triomphe de la bonne éducation. Il fit aussi des sonnets amoureux pour Elisabeth Gonzague, dans le genre pétrarquisant donc platonique. Sonnets (= 14 vers en 2 quatrains+2 tercets), poésies latines, élégies pour la mort de Raphaël (élégie = poème lyrique qui exprime une plainte douloureuse). Sa correspondance diplomatique a été une mine de renseignements pour les historiens. Il est mort à Tolède en 1529. Une vie particulièrement riche qui s’est prolongée dans les arts et les lettres.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôLe 2e maître à penser des princes est Nicolas Machiavel, auteur du « Prince » en 1513, portrait par Santi di Tito. Son livre est un essai de politique et de gouvernement dédié à Laurent de Médicis ; de famille noble aussi, il connut pourtant la prison la torture, les trahisons. Il préconise le régime de la République et pense à l’unité de l’Italie. Il encourage le prince à l’art de la dissimulation, la ruse, le cynisme en politique ; son manuel est plein de recettes pour mener les sujets. C’est un visionnaire, plein de fourberies, machiavélique en somme. (Visage en triangle, plein d’ironie).

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôNous présentons maintenant la galerie des portraits :

  • Les Visconti règnent sur Milan de la fin du XIIIème s. au milieu du XV è. L’extension de leur domaine est rapide jusqu’au Lac de Garde. Les villes occupées tour à tour sont Bologne, Vicence, Vérone, Sienne, Pise, Pérouse et Pavie au point de départ.
  • L’apogée de la famille est Jean Galéas Visconti (1351-1402) Portrait d’après une miniature du Roi David vers 1390. Fin diplomate, il marie sa sœur au roi d’Angleterre Edouard III et sa fille Valentine, à Louis d’Orléans (1368-1408). Valentine Visconti est la grand’mère de Louis XII, ce qui permettra aux rois de France de revendiquer le Duché de Milan. Ami des arts, il commence la construction du Dôme de Milan en 1390, la Chartreuse de Pavie et le Château Sforza, forteresse militaire qui deviendra résidence ducale. Les Visconti sont une famille gibeline qui tient ses titres des Empereurs (Duc en 1395). La lignée s’éteint en 1447, remplacée par les Sforza.

(Rappel : Guelfes et Gibelins = 2 camps qui s’opposent depuis le XII ème s. Le Pape Alexandre III contre Frédéric Barberousse, plus tard Grégoire VII contre Henri IV dans la querelle des investitures. Les Guelfes sont les papistes et les gibelins impérialistes. Ce sont les puissants protecteurs de ces princes, ils détiennent l’autorité, donnent les titres. Mais revenons aux princes :

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôPortrait par Bonifacio Bembo de Francesco Sforza (1401-1466) condottiere, capitaine mercenaire qui fournissait une armée « clés en main ». Le contrat (condotta) stipule les gages et le nombre d’hommes à fournir. Sforza épouse la fille illégitime de Filippo Maria Visconti après la paix de Crémone en 1441. Ayant aidé le Pape et Florence à battre Visconti il reçoit sa récompense de vicaire pontifical et gonfalonnier de l’Eglise. En gage de paix = Bianca Maria Visconti.

Proclamé Seigneur et Duc, il fait régner une paix relative pendant 25 ans. Il se fait céder Gênes par Louis XI, roi de France et se trouve l’homme le plus puissant d’Italie. Adepte de la Renaissance, ses nombreux enfants sont éduqués par des humanistes (7 de Bianca Maria, 15 illégitimes, reconnus).

2e Sforza Ludovic le More (1451-1508)ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pô

Est-ce le teint basané qui lui doit ce surnom? Il profite de la régence de Bonne de Savoie après l’assassinat du Duc Galéas Marie en 1476 pour prendre le pouvoir au nom de son neveu Jean Galéas. Rusé, cruel, Le More protège aussi savants et artistes. Plus de goût pour les intrigues que pour les armes, il anime la plus grande cour d’Italie mais livre son pays aux étrangers et relègue son neveu dans une vie de faste et d’apparat jusqu’en 1494. Il se fait reconnaître comme Duc de Milan par l’empereur Maximilien. A-t-il fait disparaître Jean Galéas ?

En tous cas, Il attire Bramante et Léonard de Vinci, exploite les mines, encourage les nouvelles cultures mais en politique étrangère, il commet beaucoup d’erreurs. Menacé par les cantons suisses et les Vénitiens, il attire Charles VIII en Italie (1494). A l’avènement de Louis XII, qui se réclame de la succession Visconti, il est seul. Réfugié auprès de Maximilien, il rentre à Milan en 1500 et devient prisonnier des Français. Huit ans de réclusion dans les caves de Loches (cages : fillettes de Louis XI) puis la mort.

Castiglione le loue pour son goût artistique, ses mises en scène somptueuses à la Vinci. Bramante aménage Ste Marie des Grâces et Léonard peint la Cène. Il veut achever la Chartreuse de Pavie.

Autre famille princière : les Gonzague à Mantoue

Jean François Ier, marquis par l’empereur, il fait décorer le palais du Capitaine par Pisanello que nous allons retrouver et confie ses enfants au plus grand pédagogue Vittorino da Feltre, modèle pour le précepteur de Gargantua.

Ludovic III (1414-1478) en jeune guerrier. Il fait peindre la Chambre des époux par Mantegna. Prince éclairé, il distribue des terres aux paysans pauvres, fait creuser un port et paver les rues de Mantoue.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôFrançois II, très laid mais valeureux capitaine, vainqueur des Français à Fornoue ; sa femme est une égérie de la Renaissance, Isabelle d’Este, qui lui survivra 20 ans. Il meurt en 1519, comme Léonard et Lucrèce Borgia dont il est très amoureux. Lucrèce, sa belle-sœur qui l’a soutenu lors d’une dure captivité à Venise alors que sa femme, tête bien faite, profite du pouvoir en appliquant les principes de Machiavel.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôFrédéric II, fils de François et Isabelle d’Este sera duc par la grâce de Charles Quint et fera travailler Giulio Romano au palais du Te

A Ferrare, on trouve les Este, qui sont très habiles pour capter les protections car le duché est fragile. Parfois avec le Pape, parfois ami de l’empereur, souvent avec les deux.

 

 


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Justement, Borso, duc de Modène et Reggio par l’empereur Frédéric III et duc de Ferrare par le Pape Paul II.

Lionel d’Este, portrait par Pisanello en 1441, marquis de Ferrare, Modène et Reggio.

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Son frère Hercule Ier. Fin diplomate qui a deux filles célèbres Béatrice qui épouse Ludovic Sforza à 15 ans et meurt en couches à 22. Isabelle, épouse du marquis de Mantoue François II, égérie de la Renaissance, mécène et rusée politicienne.

 

 

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pô

Alphonse Ier (1474-1534), troisième mari de Lucrèce Borgia, passionné d’art militaire, de fonderies, forges et canons. D’une grande sensualité : il fera 7 enfants à Lucrèce et aura de nombreuses maîtresses. Il participe à la bataille de Ravenne en 1512 avec les Français contre les Espagnols, là où meurt le jeune et fringant capitaine Gaston de Foix.

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Hercule II (1508-1559). Son mariage avec Renée de France, 2e fille de Louis XII et Anne de Bretagne n’est pas une réussite car François Ier, le beau-frère, confisquera la dot. Renée, sœur de Claude de France sera méprisée à la cour de Ferrare. En plus, elle reçoit Clément Marot et Calvin, elle est donc soupçonnée d’hérésie protestante. Crayon de Jean Clouet.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôA Plaisance, la famille Farnèse fait une ascension très spectaculaire par l’intermédiaire de Giulia Bella, maîtresse du Pape Alexandre VI Borgia. Ses portraits sont rares pour raison de discrétion papale mais celui-ci est attribué à Raphaël et c’est bien elle qui poussa Alexandre, son frère dans la carrière. Devenu le Pape Paul III en 1534 et jusqu’en 1549, il ouvrit le Concile de Trente.

 

 

 

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Nous le voyons ici, âgé sans ses petits-fils. Le népotisme est tout aussi impressionnant que celui des Borgia. Portrait du Titien.

Deux femmes, égéries ou stars se font face dans cette galerie de la Renaissance : Isabelle d’Este, mariée à François de Gonzague. Charme, raffinement mais soif de pouvoir. Mécène pour la poésie, la musique et la peinture. Elle eut de grandes ambitions pour ses fils : la pourpre cardinalice pour Hercule, son fils préféré qui sera président du Concile de Trente et le titre de Duc pour l’aîné Frédéric. Castiglione ne la ménage pas et surtout le poète l’Arétin (Pierre Arétin) : « elle est archi malhonnêtement maquillée, elle a des dents d’ébène et des cils d’ivoire. » Pourtant les ambassadeurs font des dessins de ses habits et bijoux. Elle lance la mode. Elle porte des caleçons et se vante de ne s’être pas trouvée cul nul comme les autres lors de l’effondrement d’une tribune de théâtre dans la cour de Ferrare. Elle se fait craindre : « Même dans notre sexe se trouve une nature virile ». Elle imite « Le Prince » de Machiavel.

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ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôSon antithèse est la blonde Lucrèce 024robebleue , femme de son frère. Fine, douce pieuse à la fin de sa vie, réhabilitée par Maria Bellonci. Avec un passé sulfureux à cause de son père Alexandre et de son frère César, elle fut un outil politique entre leurs mains mais fut aussi au centre de la cour d’amour et de poésie, en Ste Catherine dans les appartements Borgia du Vatican et en déesse des arts et du printemps.

Quelques réflexions sur les blasons qui renseignent sur les ambitions des lignées, les origines, les protecteurs. Parfois deux protecteurs, Pape et Empereur, pour plus de sûreté. La diplomatie est intense : ligues ou alliances se font et défont contre les envahisseurs français : Charles VIII en 1494 et Louis XII en 1498, avec le Pape ou contre, avec Venise ou non.

 

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôLe blason des Visconti transformé par les Sforza est la guivre d’argent à une couleuvre ondoyante en pal d’azur couronnée d’or engloutissant un sarrasin rouge, posé en face, bras tendu. Guivre : créature fantastique, serpent ondoyant, vient d’anghiera, ancien fief ou du latin anguis : serpent.

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Blason des Gonzague : fascé d’or et de sable, succession de lignes jaunes et noires et après 1433, avec des aigles pour la protection des empereurs.

 

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôBlason des Este : d’azur, à l’aigle d’argent, becquée, languée, couronnée d’or et par la suite protection des Papes (clés et couleur du Vatican).

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Blason des Farnèse : d’or à six fleurs de lys d’azur jusqu’en 1545 car le blason s’enrichit après Paul III. Les lys représentent leur possession en France.

 

La visite de la Chartreuse de Pavie.

Ce monastère d’ermites chartreux est bâti en bordure du parc Visconti par Jean Galéas suivant une volonté de sa femme Caterina, si elle mourait en couches. En 1396, la première pierre est posée puis arrêt des travaux à la mort du duc en 1402 ; reprise 10 ans plus tard avec Philippe Maria Visconti. L’architecte est Giovanni Solari (archives de 1428). La reprise des travaux se situe entre 1451 et 1462 par Francesco Sforza.

C’est le plus important monument gothique tardif au Nord de l’Italie.ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pô

  • Vestibule orné de fresques
  • 031 Façade éblouissante d’élégance, décoration géométrique avec alternance de marbres de couleur en médaillons, bas-reliefs et statues dans la partie la plus ancienne, à la base. Le fronton manque. Les 62 médaillons imitent les pièces de monnaies romaines, colonnettes de fleurs et grotesques. Elle fut terminée en 1560 par Cristoforo Lombardo.

A l’Est, beau jeu de contreforts, pinacles, galeries, niches, coiffés de la tour lanterne octogonale.

L’intérieur, gothique sur croisée d’ogives comprend quelques éléments baroques en approchant du chœur. La coupole est peinte à fresque par des peintres siennois et florentins de la fin XVI è.

Nécropole des Visconti, on distingue, à gauche, dans le large transept, les gisants de Ludovic le More et Béatrice d’Este par Solari. A droite, mausolée de Jean Galéas avec sa 1ère femme Isabelle de Valois, fille du roi de France, Charles V. Fresques de Bergognone : couronnement de la Vierge entouré par Francesco Sforza et Ludovic le More. A la calotte de l’abside, Jean Galéas, avec ses enfants, présente la Chartreuse à la Vierge.
Chœur : 42 stalles marquetées de 1498, tabernacle imitant la coupole de St Pierre de Rome.

On passe dans le petit cloître, décoré de motifs de terre cuite On découvre une belle vue sur la tour-lanterne, les 4 galeries d’arcades. Classicisme et élégance font ressortir esprit de géométrie allié à l’esprit de finesse.

Le lavabo avec les portes décorées des 7 portraits de duchesses. Vierge à l’enfant de 1516 (Bernardino Luini, élève de Bergognone)

  • Réfectoire : les moines prennent leur repas en commun, le dimanche.
  • Grand cloître : 122 arcades, médaillons de terre cuite (1478)
  • 24 cellules de moines (2 pièces, jardinet, chambre avec loggia à l’étage)

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ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôMonument exceptionnel d’élégance.

Nous nous rendons ensuite à Pavie et apercevons le château Visconti, traversons la place de l’Hôtel de ville, dominée par la tour de l’horloge.

La visite au Duomo permet de comprendre la performance réalisée par Bramante et Léonard au sujet du tambour et de la coupole. Ils ont révisé les plans. C’est une grande création de la Renaissance lombarde, la 3e coupole d’Italie après Rome et Novare. Elle repose sur des piliers gigantesques.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôL’Université est très ancienne : édit de Lothaire de 825, agrandie en 1361 par Jean Galéas Visconti, de grande réputation pour les sciences, la biologie (digestion), la physique (Volta : la pile électrique).

Cinq cours à arcades dont 2 donnent sur l’hôpital San Matteo de réputation internationale, bâti en 1449, belles glycines.

On admire à la sortie les 3 tours médiévales (XIVe). Pavie : cité aux 100 tours, disait-on. Il en reste 6, la plus haute : 60 m. A la naissance des premiers fils, les nobles construisaient une tour proportionnelle à la puissance de la famille.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pô L’Eglise St Michel majeur est une église romane de 1160 dont la façade en grès est sévère et grandiose. Elle se termine par une galerie d’arcades (une première pour l’époque) avec des animaux fabuleux, des monstres : thèmes démoniaques d’origine germanique, mais vaincus par St Michel. Pour clore cette visite, il y a le pont couvert érigé en 1353, couvert en 1583 sur le Tessin, 216 m. Détruit en 1944, reconstruit à l’identique (chapelle St Jean Népomucène, patron des ponts).ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pô

En sortant de Pavie se trouve une tour où François Ier fut détenu après l’échec de 1525, avant son transfert à Madrid pour la captivité : « Tout est perdu fors l’honneur », écrit-il à sa mère, Louise de Savoie, régente. Ce fut ensuite Plaisance, la ville des Farnèse.

PLAISANCE est célèbre pour la belle place dei cavalli et les deux statues équestres d’Alexandre Farnèse (1545-1592), duc de Parme, gouverneur des Pays Bas, adversaire d’Henri IV, et de son fils Ranuccio. Cette

 

place est dominée par Il Gotico, l’hôtel de ville, ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pôexemple parfait de l’architecture civile lombardo gothique (1280) qui comporte des galeries à arcades en marbre blanc alors que l’étage supérieur en briques rouges est couronné d’une corniche crénelée avec fenêtres au riche décor de terre cuite. Une madone romane protège la ville. Merlons gibelins en queue d’arondes.

En face, le palais du gouverneur (XVIIIe)

Visite du Dôme (1122 à 1233), de diverses églises et charmant pèlerinage à Santa Maria di campagna, sur la via francigena (la route des pèlerins de France). L’église fut construite de 1522 à 1528. Plan en croix grecque avec coupole. Fresques de Pordenone (1484-1539) peintre du Frioul, maniériste (école située entre Renaissance et Baroque) : Nativité de la Vierge, adoration des mages et des bergers, vie de Ste Catherine. Puissante inspiration dans cet art, mouvement et suavité des couleurs : particulièrement les verts.ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pô

En quittant Plaisance, le théâtre de Verdi prépare la visite à Busseto qui fut une promenade récréative.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôLe village de Verdi est paisible. Dans la petite église de la Trinité, il se marie avec Margarita Barezza, fille de son protecteur et mécène. Ils ont deux enfants et c’est le drame car femme et enfant meurent en 3 ans (1840). Une conférence serait utile pour mieux connaître ce génie qui a des liens avec la Haute Savoie, son 2e mariage avec la chanteuse Giuseppina Strepponi à Collonges sous Salève, le 29 août 1859. Verdi est une figure emblématique de l’unité italienne et du Risorgimento.

 

 

II. CREMONE, CITE DE LA MUSIQUE

Depuis le XVI ème s. la ville vit sous le signe de la Muse : EUTERPE.

A la limite de la Lombardie et de l’Emilie-Romagne, à la même latitude que Mantoue cette ville de 72000 h est celle de Claudio Monteverdi, né en 1567, un des premiers créateurs d’opéra. Le premier grand luthier Andréa Amati confectionne aussi le premier vrai violon.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôUn brin d’histoire : Francesco Sforza reçut la ville en dot de Bianca Maria Visconti en 1441 ; à son mariage, on servit le premier torrone = nougat. Cette ville nous a séduits dès le premier soir car l’hôtel situé à deux pas de la cathédrale nous a permis une visite nocturne. Bien illuminée, cette cathédrale fut une vision de beauté, à la fois classique et romantique. Bref un enchantement. Toujours de nuit, l’hôtel de ville plus modeste que celui de Plaisance, avec merlons guelfes puis la grande place dominée par les tours de la cathédrale et de l’hôtel de ville.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôLe lendemain, visite de la cathédrale, le porche et une touchante annonciation, le baptistère, le chevet.

 

 

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôMais revenons à nos luthiers, les vrais seigneurs de Crémone. La visite chez le luthier français, Philippe Devanneaux, qui possède une des 60 botteghe de luthiers nous a beaucoup appris. Il y aurait 157 luthiers à Crémone qui font 5 ans d’apprentissage pour acquérir le toucher et les sensations du bois. On a mis 2000 ans pour arriver au violon qui prit sa forme définitive vers 1500 ; à Brescia se développait le même art. En 1520, le mot « violon » est employé. Les bois sont acheminés par voie d’eau des Dolomites et du Trentin jusqu’à Venise : épicéa, érable et aujourd’hui poirier, noyer du Tanganyika, peuplier, saule. Sapin et épicéa doivent être sans nœud avec un veinage droit et serré. Ces bois proviennent des Balkans, de Bosnie et de Roumanie. Le séchage a duré 10 ans. Le fond est en érable, la table en épicéa, les éclisses en érable. Le fond est coupé en deux, collé bord à bord, découpé à la scie chantournée (à la main au début). On utilise des rabots de plus en plus petits, autrefois des racloirs. On modèle aussi la forme. Tout l’art du luthier est d’évaluer la dureté, la souplesse, les vibrations du bois. On se sert d’un compas d’épaisseur qui évalue à une dizaine de millimètres.

L’érable coûte cher : 200 euros un petit morceau ; l’épicéa, beaucoup moins = 30 à 40 euros. Le filet en marqueterie est uniquement esthétique. Les ouïes, trous de résonnance sont fignolés au canif. Quant aux renforts comme la barre d’harmonie, elle n’est pas au centre mais sous un pied du chevalet car le chevalet exerce une forte pression : 17 kgs. L’âme, c’est le bâton d’épicéa encastré verticalement derrière l’autre pied du chevalet. Il faut l’ajuster, le déplacer, il n’est pas collé pour contrôler l’âme. Le manche est en érable. On utilise une colle d’os.

Les vernis sont la tenue de soirée du violon, vernis à la colle à 99% en résine naturelle : benjouin à l’odeur de cannelle, myrrhe, propoli, sandarak, huiles essentielles. On tamponne 30 à 40 couches puis séchage. Certains exigent une couleur particulière suivant la sonorité. La mentonnière est en palissandre, d’autres éléments en ébène. Cordes en boyaux de chèvre. Cela exige 2 mois de travail à raison de 7 h de travail par jour. Le vieillissement l’améliore. Coût 7000 : euros.

Crémone est la patrie de Monteverdi, maître du madrigal et un des inventeurs de l’opéra (1567-1643). Il a travaillé à Mantoue et Venise. A 24 ans, il est engagé à la cour de Vincent de Gonzague comme instrumentiste et chanteur. Il est maître de chapelle en 1602 et crée l’opéra Orfeo en 1607 (le premier serait de 1600 : Eurydice de Peri pour Marie de Medicis). Mal rétribué par les Gonzague, il devient maître de chapelle à St Marc de Venise. Ses Vêpres de la Vierge sont justement célèbres. Dans l’opéra, il invente le drame musical, monde de sentiments et de passion où l’instrument accompagne les mouvements de l’âme. Lui seul trouve un nouvel équilibre entre récitatifs, chœurs et ballets. Un grand moment dans l’histoire de la musique.

Andrea Amati réussit à faire le premier violon avec une sonorité parfaite, toujours imité, jamais égalé. Ses techniques n’ont pas changé et furent rigoureusement transmises par les maîtres-luthiers. 1000 instruments à cordes sont produits chaque année. Nicolo, le petit- fils d’Andrea, se signalait par la douceur de sa sonorité. L’apprenti le plus doué fut Antonio Stradivari (1644-1737) qui commença par des violons de petite taille, puis des longuets de forme allongée pour se fixer à la taille idéale : 60 cm. Il fit 1200 violons qui se signalent par la perfection esthétique de la forme, le choix et l’épaisseur des bois, l’ampleur et le velouté de la sonorité, la composition du vernis. Parmi les grands luthiers : Ruggeri et Andrea Guarneri.

La visite du musée du violon : moderne avec un auditorium. Le « Charles IX » est mis en valeur, c’est l’un des 5 exemplaires restant sur les 24 de la Cour de France marqués des blasons d’or de Charles IX et Catherine de Médicis sur les éclisses avec la devise « Piété et Justice » Quand on pense à la St Barthélémy ! Le « Hammerlé » de Nicolo Amati de 1568, grand format qui a gardé le vernis d’origine au son exceptionnel. Le « Cremonese » 1715 de Stradivari, de grande taille. Cette année-là, le maître-luthier n’en fit que 10 ; prêté pour les concerts, il est assuré 5 M. d’euros.

Quittons les luthiers, princes de Crémone et refermons les grilles des belles demeures de cette ville inoubliable.

III. MANTOUE : un cénacle de peintres. Pisanello, Mantegna, Giulio Romano.

C’est une ville de 50.000 h. chef-lieu de province, elle est inscrite avec Sabbioneta sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité, grâce aux Gonzague. Elle est fière de vivre sous le patronage de Virgile qui est né dans un petit village à 7 km. Sa statue est une divinité tutélaire de la ville.

Le site de cette ville est exceptionnel avec, depuis le XIIè, une configuration insulaire grâce au fleuve Mincio, donc ville entourée de lacs : Supérieur, du Milieu, Inférieur et Paiolo. Le lac Paiolo fut asséché au XVIIè s.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôSur le lac du Milieu, le palais des Gonzague est un monstre architectural de 500 pièces, avec couloirs, passages couverts, galeries interminables, cours intérieures, jardins. Forteresse militaire en brique rouge sur les rives, on distingue le Castello di San Giorgio de 1395 du marquis Francesco Ier sur une avancée entre Lac Supérieur et Lac du Milieu pour se ménager une possibilité de fuite par les eaux. Sous Jean François Ier, le palais du Capitaine est décoré par Pisanello, sous Ludovic III, c’est une résidence de luxe, avec La chambre des époux, décorée par Mantegna. Plus tard Isabelle d’Este se fera aménager des appartements somptueux avec un studiolo, cabinet des merveilles et méditation. Pour son fils Frédéric II, Giulio Romano agrandira encore le palais après avoir construit le palais du Te et la basilique Santa Barbara.

 

 

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôPisanello (1395-1455 ?) le petit pisan vit à Vérone puis devient itinérant : Venise, Mantoue, Rome Milan Naples. Au palais des Doges, il réalise les fresques de la Salle du Grand Conseil avec Gentile da Fabriano ; à Rome, il travaille à St Jean de Latran. Il hérite en 1428 de l’atelier de Fabriano, son maître. A Ferrare, Pisanello assiste en 1438 à la rencontre entre le Pape Eugène IV et l’Empereur Jean VIII Paléologue pour le Concile : il effectue une médaille commémorative. Passionné pour l’art de la gravure, il travaille pour Filippo Maria Visconti, Jean François de Gonzague, pour Lionel d’Este (7médailles), pour Francesco Sforza. Pisanello, lors du concours avec Bellini pour le portrait de Lionel d’Este est battu mais son portrait nous est parvenu et pas celui de Bellini. Il peint un panneau pour la demeure de campagne des Este à Belriguardo. Il travaille l’argent, le bronze, le bois. Peintre de décors pour les fêtes, peintre de garde-robe (robes, manteaux de cour). Pisanello est aussi apprécié comme peintre animalier. Mais il a des problèmes d’argent car les Este et les Gonzague paient mal alors il va travailler à Naples (1449) où il fait encore des médailles pour Alphonse d’Aragon. Graveur hors pair, comme l’atteste la médaille du Concile de Ferrare de 1438. Il représente aussi des humanistes.

 

 

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ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôDans la salle du palais du Capitaine où les scènes de chevalerie sont peintes de 1436 à 1442, Pisanello s’inspire de Lancelot, roman du Roi Arthur et représente un tournoi avec de belles dames.La technique de la fresque et de la peinture a tempera est rehaussée de feuillets d’or et d’argent. Il invente un nouveau genre où le degré de finition s’apparente aux retables : personnages de cour et scène de chasse.

Rappel - A fresco : les pigments minéraux sont dilués dans l’eau et appliqués sur mortier frais de sable et chaux. A tempera ou détrempe : la peinture est délayée dans l’eau avec blanc d’œuf, colle, résine et cire jusqu’à l’apparition de la peinture à l’huile.

Pisanello est déjà un génie universel qui annonce Léonard.

 

 

La sublime Chambre des époux de Mantegna mériterait une longue étude.

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Mantegna (1431-1506) est né près de Vicence ; il a une enfance difficile, finalement adopté par le maître du grand atelier de Padoue, il apprend le latin et se passionne pour la sculpture romaine et la perspective. A 17 ans, il se dégage de la tutelle de son maître. Dans l’église des Eremitani, il adopte la vision en perspective et par en dessous ainsi que les draperies héritées des antiques. Il est influencé par le grand sculpteur Donatello et Jacopo Bellini, père de Gentile et Giovanni, dont il épouse la sœur en 1453. A Ferrare, il a fait aussi le portrait de Lionel d’Este et a pu admirer des œuvres de Piero della Francesca, spécialiste de la perspective et pour la couleur, les tableaux du flamand Roger Van der Weyden.

 

Retenons tout de même son caractère difficile, querelleur, orgueilleux. Peintre officiel des Gonzague, il s’installe à Mantoue et travaille à la Chambre des époux pour Ludovic III. Dans un espace assez réduit, il innove dans tous les domaines : utilisation ingénieuse de l’espace, perspective en trompe l’œil, raccourci saisissant, vision par en dessous avec le renouveau des thèmes. On a affaire à une peinture d’histoire mais intimisée pour la première fois car on atteint au sublime par les moyens de la perfection du dessin, de la mise en fresque, de la couleur, du détail intime (chien du duc, naine). Le paysage, les costumes, la psychologie des personnages, tout atteint une perfection élégiaque dans une atmosphère sereine et des décors antiquisants : bustes d’empereurs romains, frises d’abondance. Le chef-d’œuvre est bien sûr l’oculi ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pôqui s’ouvre sur l’azur du ciel avec ses personnages énigmatiques qui se penchent à la balustrade. Visages de femmes blanche et colorée, angelots (putti) facétieux. De la personnalité, de l’humour dans ce travail de commande. L’influence sur Le Corrège est manifeste ici pour le dôme de Parme. L’art du portrait est manifeste.ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pô

Mantegna, qui s’est fait construire une demeure à Mantoue travaillera aussi pour Francois II de Gonzague, « Le triomphe des Césars » de 1485 ; Isabelle d’Este lui commande pour son studiolo, une représentation du Parnasse. Elle avait convoqué Costa, Pérugin et Bellini, excusez du peu ! A Rome, il travaille aussi pour le Pape Innocent VIII. Comment ne pas évoquer le Christ mort de la galerie Brera à Milan où le pinceau donne la sensation du relief sculptural par le raccourci du corps. Le grisé, la boursouflure des pieds nous donnent l’impression de la pierre et du froid. Mantegna meurt en 1506.

Ce peintre s’affranchit complètement du gothique. Cela s’explique : à Padoue se faisait la rencontre entre l’art florentin et vénitien, il a bénéficié des deux. De même, il a été imprégné de l’art bronzier du grand sculpteur Donatello. Il a recréé le paradis perdu de l’Antiquité classique par la précision archéologique, le réalisme des physionomies, tordues, courroucées comme dans la statuaire antique (à preuve, ses dessins). Erudition du fond et de la forme, le caractérise. Audace inouïe pour son temps, Mantegna donne l’illusion d’avoir percé un plafond avec le baquet aux plantes vertes sur la balustrade de la Chambre des époux. Pour Balthazar Castiglione, dans le Courtisan, il est l’égal des plus grands. Léonard, Mantegna, Giorgione, Michel-Ange et Raphaël sont réunis au Parnasse de la peinture. En bonne compagnie, donc.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôA Mantoue, il y a un 3ème géant : Giulio Romano (1499-1546)

Son portrait par Le Titien date de 1536. Elève préféré de Raphaël, il passe sa jeunesse près de la colonne trajanne à Rome. Léon X lui fait décorer la plus grande partie des fresques des Loggias du Vatican, dans les Stanze et le plafond de la Farnesina. En 1520, il hérite de l’atelier de Raphaël, achève les œuvres inachevées. C’est alors qu’éclate le scandale des dessins érotiques des amours des Dieux. Ce pourrait être une commande de Frédéric II de Mantoue. En tous cas, le Pape flamand, Adrien VI, ancien précepteur de Charles Quint qui voulait faire une réforme dans l’Eglise ne peut pas laisser passer cela. Clément VII, le 2ème Médicis non plus. Seul le graveur Raimondi sera emprisonné. L’Arétin, le poète fait 16 sonnets sur les pratiques sexuelles. Les dessins sont de Giulio Romano. C’est un travail secret ! Le texte est intitulé : I modi, les positions. Trois siècles d’estampes seront inspirés. Frédéric II, dans le même temps, écrit à son ambassadeur à Rome : « Giulio, peintre, désire venir chez nous et nous en concevons le plus grand plaisir du monde. »
Il sera l’artiste officiel aux multiples possibilités : architecte, urbaniste, sculpteur, peintre, scénographe, chef des plaisirs, à la virtuosité exceptionnelle. Au passage de Charles Quint, il fut l’organisateur des fêtes et tournois et fut particulièrement admiré. François Ier voulut l’attirer et le fit venir à Fontainebleau. Le Primatice, son jeune second (22 ans), qui l’accompagnait, resta en France. Ce sera l’école de Fontainebleau. Giulio rentra. Il exécuta 11 panneaux pour le cabinet des Césars de Frédéric II, qui furent placés sous des portraits d’empereurs par Le Titien, il décora la chambre d’Isabella Boschetti, la maîtresse du duc et réalisa l’ensemble du palais du Te.
Situé en dehors mais juxtaposé à la ville sur une ancienne île au bord du lac, il transforma les haras de son père en une résidence princière, modèle de l’art maniériste.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôLe palais du Te ou tilleul fut construit de 1526 à 1534. Il n’a pas d’étages, il combine harmonieusement des bâtiments et des jardins avec des bassins dans un style classique. Les frontons, colonnes baguées à bossages, frises à l’antique sont particulièrement soignés.

La décoration intérieure rivalise de prouesses, faux-semblants, trompe l’œil, clair-obscur allégories antiques, humour comme les putti urinant sur les spectateurs. La salle consacrée aux chevaux ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pôest grandiose. Le travail des stucs est prodigieux surtout quand il évoque avec beaucoup de fraîcheur l’antiquité grecque. Jamais la synthèse fresques sculptées et peintes n’avait été osée avec pareille habileté. Les grotesques sont continuellement utilisés pour la décoration, rappelant le souvenir de la maison dorée de Néron. Avec Raphaël, c’est le souvenir des virées nocturnes sur le Palatin.

L’apothéose est la salle des géants où les fresques simulent l’écroulement de ruines gigantesques. Là, les couleurs sont encore exacerbées et la palette est inouïe. On assiste au bain de Vénus et de Mars ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pôpuis au banquet d’Amour et Psyché : noces bacchiques car entre la desserte d’or et d’argent et le lit de Volupté se trouve Bacchus avec sa suite de satyres et d’animaux. La coupole des géants démontre un souffle puissant dans le dessin grandiose appuyé par des couleurs psychédéliques, qui font éclater la palette classique. Véritable manifeste du maniérisme. On imagine les admirations de François Ier dont la personnalité puissante était bien faite pour apprécier un tel ouvrage.ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pô

On a compris que cet art est savant, antiquisant, somptueux et élitiste. Le dessin est très sûr. La palette de couleurs, inventive et infinie ; le mouvement puissant et plein de verve. Une sorte de mariage de Rabelais et de Ronsard.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôDe Mantoue, nous retiendrons aussi la petite rotonda San Lorenzo du XI è s. au plan circulaire avec coupole, commande de la comtesse Mathilde Canossa (personnage incontournable de la querelle des investitures entre Papes et empereurs). A l’étage, une matronée, étage réservé aux femmes.
L’église St André, très remaniée sur des plans de l’architecte Alberti qui a voulu retrouver la monumentalité des temples de l’antiquité. La coupole du XVIII è s’élève à 80m, la chapelle funéraire de Mantegna fut conçue par le maître.

L’adieu à Mantoue est l’adieu à Virgile sur la tour de l’horloge

IV. FERRARE et ses poètes, les cours d’amour.

Cette ville de 135 000 h. aujourd’hui, déjà 100 000 au XVe s. comme Florence, Milan, Venise nous est apparue comme une ville verte, ville de jardins. Elle est toujours entourée par ses remparts et le palais des Este ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pôqui est un château-fort du XIVe s. avec douves, 4 châtelets à pont-levis couronnés de marbre au XVIe s.

Au rez de chaussée, la grande cour d’honneur où se déroulaient les fêtes. Les cachots dans lesquels furent enfermés Hugo et Parisina Malatesta ainsi que les demi-frères d’Alphonse premier, Don Jules et Don Ferrante, accusés de conjuration par un quatrième frère, le cardinal Hyppolite d’Este.

Un salon à fresques représentant les jeux romains : les courses de chars.

La chapelle de Renée de France, femme d’Hercule II, fille de Louis XII et d’Anne de Bretagne, qui fut amie de Marot et Calvin.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôLe jardin suspendu des duchesses avec ses orangers.

Le tour de la cité nous permet de voir la statue de Savonarole qui porte ses imprécations justifiées contre le luxe ostentatoire des grands. Il est né ici en 1452.

Dans ce château, triomphe la poésie, les arts du bien dire dans des fêtes et rencontres littéraires où l’on rivalise de rimes, sonnets (14 vers, 2 quatrains + 2 tercets), odes = poèmes sur fond musical, élégies : poème lyrique exprimant une plainte douloureuse ou mélancolique, même un regret, églogue : poème pastoral, madrigal : pièce vocale polyphonique ou pensée courte et galante. Lucrèce Borgia est au centre de cette Cour d’amour, platonique, à la manière de Pétrarque, récapitulant la pensée antique, surtout Virgile, Lucrèce, Ovide, les dits des chevaliers du Roi Arthur, Tristan et Yseut.

L’amour et le chant de la nature sont célébrés ici et dans les résidences sur le Pô de Volano, à Belriguardo. La belle Lucrèce répond à ses admirateurs et reçoit quelques visites, Bembo, son bel amour qu’elle initie à la poésie espagnole et François de Gonzague, l’amour de la fin de sa vie.

Parmi ses admirateurs, la fine fleur des écrivains italiens :

Hercule Strozzi (1473-1508) d’une famille d’humanistes et de juges comme son père Titus Vespasianus. Sa demeure est à Ostellato près de la lagune de Comacchio que nous avons traversée, attribuée par Hercule d’Este pour loyaux services. Latiniste de grand mérite, il approvisionne Lucrèce en gemmes et étoffes délicates, satin, taffetas, mousseline, brocarts d’or ou cramoisis, velours légers. Il lui présente le poète vénitien Pietro Bembo, fait passer les billets, sorte d’entremetteur ; son frère Laurent rendra plus tard le même service pour le 2ème amour avec François de Gonzague car Hercule aura un sort tragique et sera assassiné en 1508.

Matteo Maria Boïardo (1440-1494) connu pour son Orlando innamorato : Roland amoureux. Poème chevaleresque pour Hercule d’Este, lié au cycle de Charlemagne et des chevaliers de la table ronde. Il fait éditer en 1499 en latin Amorum libri. Il traduit l’historien grec Lucien de Samosate et le latin Apulée. Très courtisan des Este.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôPietro Bembo (1470-1547) Patricien de Venise, il fait des études à Florence, Ferrare, Urbino et obtient la faveur de nombreux Papes, Léon X et Clément VII ; secrétaire à Rome pour les lettres latines à la Vaticane puis conservateur de la bibliothèque de St Marc à Venise, c’est dire son érudition. Avec cela, pas rat de bibliothèque du tout. Il eut des enfants et des amours. Grand esprit, très galant, il finit par choisir la carrière ecclésiastique. En 1542, Paul III le nomme cardinal prêtre. Sa grande œuvre : les Asolani, dialogues sur l’amour au château d’Azola, publié à Venise chez Alde Manuce. Il imite la phrase de Cicéron puis Pétrarque et écrit une Histoire de Venise. On le retrouve même dans la littérature subversive dans les Nuits facétieuses de Straparole, romans d’aventures anticléricaux que connaissait Alexandre Dumas et dont il se servit pour le Comte de Monte Cristo. Il fut encore le secrétaire général du Concile de Trente, le maître d’œuvre.

L’Arioste (1474-1533)

Né à Reggio, il est d’abord diplomate puis écrivain. Au service du Cardinal Hyppolite d’Este, frère d’Alphonse Ier, il est envoyé en ambassade auprès du Pape Jules II ; il devient ensuite ambassadeur du même Alphonse, mari de Lucrèce. Il écrit Orlando furioso, suite d’Orlando amoureux. Résumé de la culture européenne depuis Homère, mêlé à des romans du Moyen-Age, il est admiré. On dit « le divin Arioste ». Il déploie une habileté extrême, maniant le tragique, les contes drolatiques, le lyrisme, le romanesque, le charnel car son Angélique n’est pas idéalisée. Il sera un modèle pour les écrivains et pendant longtemps.

Pierre l’Aretin (1492-1556) : le sulfureux d’Arezzo vit à Pérouse puis à Rome où son mécène est le banquier de Raphaël : Chigi. Satires mordantes, poèmes luxurieux, pièces crues pour accompagner les « Modi » de Giulio Romano, en 1524 ; il publie « Les Ragionamenti », propos d’une prostituée sous forme de dialogues à la manière de Platon. Il se moque de tout : la société, les sacrements, les vœux monastiques, le mariage, tandis que la Nanna rappelle son expérience d’ancienne courtisane. On essaie de l’assassiner, il fuit à Mantoue et Venise en 1527 ; on le surnomme « le fléau des Princes » mais il est couvert de cadeaux pour éviter ses satires redoutables. François Ier et Charles Quint le subventionnent en même temps. Il commit quelques œuvres pieuses en fin de vie, une traduction italienne des Psaumes, des livres sur l’humanité de Jésus-Christ. On nous dit qu’il est mort dans un fou rire au cours d’un repas à cause d’une plaisanterie obscène, il tombe à la renverse et se fend le crâne. Du Rabelais quoi ! Ami du Titien, qui fit trois portraits de lui. Ses livres furent mis à l’index.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôTorquato TASSO (1544-1595) le type du poète maudit.

Fils d’un aristocrate de Bergame (Bernardo Tasso ou Taxis) au service du Prince de Salerne, Sanseverino, sa mère, aristocrate de Toscane liée aux grandes familles napolitaines. Célèbre à 8 ans pour son intelligence et sa piété, au collège des Jésuites, il fera l’ornement de la Cour d’Urbino (1557) comparant les mérites d’Homère et Virgile avec l’Arioste. Etudes de droit à Venise, Padoue, Bologne, il écrit alors le poème « Rinaldo ». En 1565, à la Cour de Ferrare, à 21 ans, il est considéré comme un critique littéraire hors pair. Il versifie 500 odes pour les demoiselles d’Este. En 1570, il est à Paris avec le cardinal d’Este et sert Alphonse II de Ferrare. 1574, il produit « La Jérusalem délivrée », immense succès à 31 ans ; le peuple et les élites reconnaissent le génie.

Alors tout se dégrade, maux de tête, maladie de la persécution, errances, à demi -fou, il attaque un gentilhomme qui dénonce son homosexualité. Tasse se cache dans les monastères à Sorrente puis à Ferrare à l’asile d’aliénés de Ste Anne (1578) puis fuite à Mantoue, Padoue, Venise, Urbin, Turin, c’est le vagabond qui reçoit quelques honneurs. De nouveau à l’asile de Ferrare de 1579 à 1586, il écrit des poèmes déchirants. Vincent Ier de Mantoue le tire de son hôpital-prison. L’errance reprend : Bergame, Florence, Rome : il est la risée de l’Italie mais Clément VIII lui organise le triomphe des poètes. Tasse reçoit la couronne de lauriers, le Ier avril 1595, à 51 ans. Le Tasse a influencé Ronsard, Monteverdi, Goethe, Rousseau et Chateaubriand.

On peut bien dire que Ferrare fut un cénacle de poètes et beaucoup d’œuvres furent dédiées à Lucrèce Borgia, les poèmes de Strozzi, les Asolani de Bembo, des œuvres de l’Arioste et l’Arétin.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôLe décor des poètes est la cathédrale commencée en 1135 qui est romano-gothique. Elle dispose d’une grandiose façade, dentelles de pierres aux ouvertures bien disposées. Le contournement permet de se plonger au XVe, grâce aux botteghe d’époque et d’apprécier les dimensions gigantesques avec le campanile. On fait le tour de la place, on admire les statues des Este devant l’Hôtel de ville.

La traversée du quartier juif n’a pas manqué de charme avec ses rues voûtées. Les princes accueillaient ces communautés au grand déplaisir des Papes.

Deux palais furent visités à la suite de la traversée d’un jardin bien entretenu et de la place dédiée à l’Arioste.ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pô

Le palais Schifanoïa, ou des délices. Le salon des mois (1467-1470) a retenu notre attention. Peint par Francesco Cossa et Ercole Roberti, il présente des fresques mystérieuses avec trois registres superposés, des divinités des mois, des signes du zodiaque et les travaux des champs ou des scènes de la vie de Borso d’Este. C’est l’école de Ferrare qui comprend aussi Cosimo Tura influencé par un maître de la perspective Piero della Francesca.

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôLe palais des diamants XVe, XVIe, est façonné de blocs de marbre taillés à facettes comme des diamants, avec pilastres aux angles, motifs Renaissance et balcon en encorbellement.

Ferrare, ville de charme, de verdure qui inspire les écrivains et les cinéastes : « le jardin des Finzi Contini de Bassani, mis en scène par Vittorio de Sica. Antonioni y est né et des rencontres cinématographiques s’y tiennent régulièrement.ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pô

La fin du voyage offrit une pause, croisière gastronomique avec dégustation de poissons et crustacés en traversant les marais et en photographiant les hérons et cormorans, repas pantagruélique qui laisse un bon souvenir.

L’Abbaye de Pomposa, bien située entre le Pô de Volano au Sud et de Goro au Nord est parcourue par l’antique Via Popilia ou route des Romae, pèlerins qui se rendaient à Rome depuis l’Europe centrale.

Les marais furent assainis par les moines qui exploitèrent les marais salants de Comacchio. Lors des grandes inondations, le lit du fleuve s’est déplacé.

Le campanile de Pomposa est impressionnant avec ses 9 étages aux fenêtres bilobées, trilobées et quadrilobées. De 1063, c’est un appareillage de briques et de pierres anciennes décorées de poterie colorée.

La 1re église fut bâtie entre 751 et 874 avec des matériaux de récupération de Ravenne (document de 874, sous le Pape Jean VIII), de même dimension qu’aujourd’hui. L’atrium présente une belle fenêtre circulaire.ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pô

ARIA 74 - Arts Princiers au fil du PôL’intérieur est conçu comme les basiliques de Ravenne (comparaison avec St Apollinaire in classe). Plan basilical à 3 nefs sans transept, chapiteau comparable à Ravenne avec abaque interposé entre colonne et chapiteau.

Les fresques représentent le jugement dernier, la Cène, le supplice de St Eustache, de 1351 par Vitale et Andrea de Bologne. Le long de la nef trois bandes ou frises mettent en images l’Ancien Testament, le Nouveau et l’Apocalypse.

 

 

 

 

Les sols somptueux présentent de très beaux marbres polychromes mis en place par des ouvriers vénitiens avec animaux symboliques : lion = résurrection du Christ, cerf = Christ, oiseaux aux ailes repliées = la condition humaine.ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pô

Le personnage important de ce monastère est Guido d’Arezzo (990-1050), moine bénédictin qui a composé le Micrologos : traité musical qui invente un nouveau système de notation et de codification du plain-chant carolingien (que l’on appelle à tort grégorien). Jusque- là, des accents sur le manuscrit indiquaient si la voix devait monter ou descendre comme sur le manuscrit de Saint Gall du IX è. Parfois des lettres indiquaient la hauteur de la voix. Ces indications dataient de Boèce, un auteur latin de 480 à 524 qui vécut à Ravenne. Guido d’Arezzo a fondu les 2 systèmes en une seule gamme. Il créa la portée à 4 lignes, inventa le nom des notes (1ère syllabe de chaque demi- vers d’une strophe dédiée à St Jean Baptiste.)

Abbé de 1008 à 1046, sévère pour les moines et les laïcs qui le fréquentent comme le marquis de Toscane, Boniface de Canossa, père de la célèbre Comtesse Mathilde.

Puis ce fut SABBIONETA

Capitale de Vespasien Gonzague (1531-1591)ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pô

Le voici, à l’allure martiale sur une belle monture, entouré de ses amis.

A partir de 1556, il rêve d’une cité idéale comme Pie II Piccolomini, le Pape lettré à Pienza près de Sienne. Il conçoit le plan : 30 blocs entourés d’un bastion en étoile. L’enceinte est toujours intacte.

On aperçut en premier la Grande galerie où il exposait ses collections archéologiques et ses curiosités, immenses avec des peintures en trompe l’œil aux extrémités pour reculer encore la perspective. Il y a aussi ce charmant putti.ARIA 74 - Arts Princiers au fil du Pô

La galerie fait partie du Palais del Giardino, comme une villa romaine donnant sur la nature. Les fresques sont des épisodes de la mythologie, des grotesques.

Le théâtre antique 152 est conçu comme tel (différent du théâtre scientifique de Mantoue et du théâtre olympique de Vicence). L’éclairage, très ingénieux est le travail de Vincenzo Scamozzi, architecte de Vicence, disciple de Palladio. Des torches projettent la lumière sur des coupes de verres remplies d’eau colorée. Le péristyle décoré de fresques de l’école vénitienne, style de Véronèse. Statues en plâtre d’époque, décors réalistes.

Le palais ducal est l’Hôtel de ville actuel : plafonds en bois doré et sculpté avec stucs et des essences pour éloigner les insectes (cèdre).

La communauté juive a été installée en 1436. Vespasien, très tolérant se fit taper sur les doigts par le Vatican.

Conclusion

Splendeur d’un côté, misère de l’autre. Dure époque pour le petit peuple. Conditions de vie effroyable surtout pour les femmes, même de la noblesse qui meurent en couches, très jeunes. Les mœurs sont très violentes : assassinat d’Hercule Strozzi, rixes entre frères, guet-apens vis-à-vis de Jules d’Este par son frère Hyppolite, le 1er cardinal d’Este qui cherche à l’aveugler pour une jalousie amoureuse. Il s’en suivra la conspiration qui mena les deux frères au cachot que nous avons visités. Don Jules resta enfermé 53 ans et Don Ferrante, 43 ; Tortures, gaspillages, injustices, guerres, pauvretés pour le commun des mortels.

Ces princes sont des mécènes mais à quel prix : le revers de la médaille. Misère et Violence.

Revenons à notre bonne ville d’Annecy, elle eut pour souveraine Anne d’Este, fille de Renée de France, mariée en 2ème noce au fringant duc de Genevois-Nemours dont parle Mme de La Fayette dans la Princesse de Clèves. Les liens avec l’Italie sont innombrables.


Texte de Françoise Paoli, pour ARIA