Voyage Vicenza - Septembre 2015

Pourquoi cette escapade à Vicenza ?

Notre sœur italienne a reçu très cordialement, du 11 au 13 septembre dernier, une vingtaine de personnes d’ARIA, dans la continuité de festivités du vingtième anniversaire du jumelage Vicenza-Annecy.
Cette rencontre, proposée à chaque adhérent, fut appréciée des participants.

Elle n’aurait pas été possible, sans la volonté, ni la forte implication indispensables des personnes fondatrices du jumelage : Jacqueline Touvier qui traça le chemin pour favoriser les échanges, Françoise Allard, toujours proche dans nos cœurs, et le premier président de l'ARIA Yves Dufresne. La confiance et l’aide des élus annéciens continuent d’être précieuses pour que ce beau projet vive.
Pour cela, il fallut un temps pour se connaître et s’apprécier, un temps pendant lequel des projets furent pensés, puis réalisés.
Le pacte de jumelage fut signé, dès mars 1995, par les Maires des deux villes, Bernard Bosson et Achille Variati, sous l'impulsion d'établissements scolaires qui entretenaient déjà des liens d'amitié, par des échanges accompagnés d'un réel soutien pédagogique et culturel.
Des visages se sont effacés, et d’autres sont venus renforcer les deux comités, apportant des complémentarités à ce qui existait déjà.
Quelle ouverture positive d’abord pour les jeunes, premiers bénéficiaires des échanges !

Notre visite

Montecchio Maggiore

Fondationzione bisazza entreeNotre première étape fut Montecchio Maggiore où une guide nous fit découvrir l’étonnante Fondazione Bisazza, spécialiste italienne de la mosaïque de verre.

L’entrée, entre deux murs incurvés et décorés de petits carreaux de mosaïque qui formaient des roses géantes sur un fond noir et un sol à damier également en mosaïque noire et blanche, préfigurait de ce que nous allions découvrir.

A l'intérieur des murs blancs et des lignes épurées mettaient en valeur la décoration intime d’une maison, des patios agrémentaient les pavillons, et les ombres traçaient le parcours.

 

Architecture contemporaineDepuis son inauguration, il y a 3 ans, ce vaste espace, baigné de lumière, était dédié à la conception et à l'architecture contemporaine. Il surprit agréablement les curieux venus découvrir les créativités de nouvelles utilisations de la mosaïque.

Parmi les architectes et designers, Tord Boontje, Sandro Chia Aldo Cibic,  Studio Job, Jaime Hayon, Richar Meier, Alessandro Mendini, Fabio Novembre, Mimmo Paladino, Andrée Putman, Julius Schulman, Ettore Sottsass, Patricia Urquiola et Marcel Wanders ont rempli 6.000 m2 d'exposition permanente.

 


Vicenza et sa région

Le samedi matin, par une visite guidée, Laura présenta Vicenza et sa région :

Depuis le Moyen Age, la ville est un important centre commercial et industriel de textile, d’orfèvrerie et de cuir. Maintenant, des industries chimiques et mécaniques s’y sont ajoutées. Le chômage y est le plus faible d’Italie. Le centre historique est situé au confluent du Bacchiglione et du Retrone, mais l'enceinte médiévale inclut des zones au-delà des rives de ces cours d'eau. L'Astichello la parcourt aussi. Laura ajouta que les vins des Monts Berici, le Barbarano, le Breganze ou le Gambellara, sont très appréciés. Cette guide nous apprit que la ville était peuplée dès la préhistoire, puis occupée par les Romains, et ravagée par Alaric et Attila, mais elle se releva sous le royaume ostrogoth. Elle devint une ville libre au XII ème siècle. Ensuite, occupée par l'empereur Maximilien de 1509 à 1516, elle fut rendue à Venise, après la paix de Noyon. Après cinq années d’occupation par les Français en 1796, puis quatre ans de domination autrichienne, Vicenza fut jointe au royaume d'Italie en 1805. Incorporée en 1815 dans le royaume lombard-vénitien, la ville fut annexée par l'Italie lors de la troisième guerre d'Indépendance italienne en 1866. Victime de rudes combats pendant la Première Guerre mondiale, sur le plateau d'Asiago, et la Seconde Guerre mondiale où était la résistance italienne, Vicenza fut la ville la plus détruite de Vénétie par les bombardements alliés, faisant plus de 2 000 morts. Devant la basilique du Monte Berico, un monument commémore ces terribles évènements.


La basilique du Monte Berico

VicenzaL’origine du sanctuaire : la Madonna Del Monte Berico est apparue à Vicenza Pasini le 7 mars 1426.

Un précieux manuscrit, conservé à la bibliothèque Bertoliana de Vicenza, raconte avec beaucoup de détails les faits qui se produisirent dans cette ville, « secouée et décimée » par une très grave épidémie de peste entre 1426 et 1430.

Le 7 mars 1426, Madame Vincenza Parisi, 70 ans, vit sur la colline du Monte Berico une femme vêtue d’habits plus resplendissants que le soleil et enveloppée de parfums. Devant tant de beauté, ses forces l’abandonnèrent et elle tomba à terre. Alors la très belle femme la releva et lui dit: « Je suis la Vierge Marie, la Mère du Christ, mort en croix pour le salut des hommes. Je vous prie d’aller dire, en mon nom, au peuple de Vicence de construire en ce lieu une église en mon honneur, s’il veut retrouver la santé, sans quoi la peste ne cessera pas ». Vincenza interrogea alors : « Mais le peuple ne me croira pas. Et où trouver, ô Mère glorieuse, l’argent pour faire ces choses? ». « Vous insisterez pour que le peuple exécute ma volonté », répond la Vierge, « sinon il ne sera jamais délivré de la peste et tant que les gens n’obéiront pas, ils verront mon Fils irrité contre eux ». Et elle poursuit: « Pour preuve de ce que je dis, qu’ils creusent ici et de la roche vive et aride jaillira l’eau, et à peine la construction sera-t-elle commencée que l’argent ne manquera pas ». Elle marqua sur la terre, avec un rameau d’olivier, le lieu de l’église à construire, à l’endroit précis où se trouve, aujourd’hui, le maître-autel du sanctuaire. Elle ajouta : « Tous ceux qui visiteront cette église avec dévotion, à l’occasion de mes fêtes et le premier dimanche de chaque mois, recevront en don, l’abondance des grâces et de la miséricorde de Dieu, ainsi que la bénédiction de ma main maternelle ».
Descendue à la ville, Vincenza raconta tout mais personne ne la crut. L’évêque, Pietro Emiliani, la congédia en lui disant qu’elle avait perdu la raison.
Deux ans plus tard, la Vierge apparut, à nouveau, à Vincenza Parisi, le 1er août 1428. La ville était à la dernière extrémité. La Vierge répéta sa requête et ses promesses à la vieille femme. Vicenza redescendit en ville et, cette fois, on la crut : les personnalités de la ville, le Conseil des Cent et le Conseil des Cinq cents, réunis dans la grande salle de la Raison, décidèrent de construire l’église sur le Monte Berico, et l’on commença vingt-quatre jours plus tard.
La Vierge avait parlé à Vincenza d’une source d’eau qui jaillirait de la roche vive sur le lieu où l’on construirait le sanctuaire, et cela se produisit.
Au cours des travaux, «jaillit en guise de source une quantité d’eau merveilleuse et incroyable… au point de déborder en ce lieu comme un fleuve abondant qui descendait à grand bruit le long du mont ». Conformément à la seconde promesse de la Vierge, l’argent afflua en quantité. Finalement, « la construction ayant été commencée le 25 août, la grande peste disparut en partie et, l’église étant achevée en trois mois, toute la province fut totalement libérée de cette grande calamité, de sorte que depuis ce jour, avec l’aide de Dieu, elle ne souffrit plus de cette maladie».

Le très fréquenté sanctuaire de la Madone de Monte Berico est devenu l’un des lieux de dévotion mariale les plus importants d’Europe : « le premier dimanche du mois, nous avons environ vingt-deux mille confessions. Il nous arrive de rester jusqu’à dix heures du soir au confessionnal » rapportent les Servites de Marie, qui gardent depuis 1435 ce sanctuaire placé dans un très beau site avec un magnifique panorama.
D’après un article de Pina Baglioni, de la revue 30 jours Les citations sont tirées du Codice n°1430, de la bibliothèque Bertoliana de Vicence. L’accès à la Basilica di Monte Berico se fait par le viale Venezia, puis le viale X Giugno, longé de 150 arcades, correspondant à la récitation d’un chapelet. De style baroque, cette impressionnante basilique contient des œuvres d’art religieux dont des icônes et la Cène de Saint Grégoire le Grand qui montre le miracle du Christ, assis près du pape, lors des repas qu'il offrait aux pauvres, réalisé par Véronèse en 1572, pour le réfectoire du sanctuaire.

Malgré « la foschia », nous avons apprécié, depuis l’esplanade, le panorama sur la ville et les collines, puis l’architecture et les peintures dans la Basilique du Monte Berico.


La mairie

En fin de matinée, nous étions tous invités à la mairie. Nous avons été reçus par Monsieur Giancarlo PESCE, conseiller aux jumelages et Monsieur Federico FORMISANO, Président du conseil municipal et Madame Romina Murano. Nous avons été également accueillis par Monsieur Fioravante ROSSI, conseiller qui officiait ce jour-là pour des  mariages. Nous ont été reçus avec convivialité et amitié. Les mots chaleureux et les visages souriants furent au-delà de la politesse, car la lumière dans les yeux prouvait le réel ressenti exprimé.
Nous avons aussi admiré la beauté des fresques et des tableaux visibles sur les murs de plusieurs salles.


Teatro Olimpico

Après le déjeuner, quelques heures furent appréciées pour laisser, à notre initiative, une visite personnelle. Certains ont ainsi admiré le magnifique Teatro Olimpico, le premier couvert, fermé et permanent, dont la conception fut confiée à Andrea Palladio par l'Académie olympique de Vicence, fondée en 1555, à des fins culturelles et scientifiques, parmi lesquelles la promotion de l'activité théâtrale. Il fut le projet du grand architecte, selon le modèle des théâtres antiques et l’influence de Vitruve. Mais Palladio mourut peu avant sa construction.
Bâti en bois et en stuc, par Vicenzo Scamozzi, il comprenait la cavea (l’amphithéâtre avec les gradins), la loggia (l’espace à colonnes) et le proscenium (l’avant -scène où jouent les acteurs).
Scamozzi ajouta les décors de la scène : niches, statues, colonnades, la perspective des rues de Thèbes. La rue centrale arrive jusqu’à une arche.
Voulu par les nobles de la ville, il fut inauguré le 3 mars 1585, avec la représentation d'Œdipe de Sophocle, et les chœurs d'Andrea Gabrieli.
Il est encore utilisé pour des représentations classiques et des concerts, au printemps et en automne. Le théâtre n’a ni chauffage, ni climatisation, pour ne pas risquer d’endommager les structures délicates. Sa capacité est limitée à 400 places, dans un souci de conservation.
Vicenza est connue comme la Ville du Palladio qui y réalisa de nombreuses œuvres architecturales inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1994, deux ans avant les villas palladiennes de Vénétie.


Terrazza de la Basilica Palladiana

Terrazza de la basilaca palladianeLa fin de la soirée, passée sur la Terrazza de la Basilica Palladiana, permit d’admirer le reflet du soleil couchant sur les pierres polychromes des bâtiments construits autour de la Piazza dei Signori.
Cette lumière rasante accentuait aussi le teint halé des visages brunis les mois précédents. Là, nous nous sentions bien, dans le calme de la ville…
Nous avons reçu comme un cadeau, l’invitation des élus à nous joindre à la Rua, cette manifestation historique qui devait se dérouler le week end précédent, mais la pluie  l’a fait reporter à ce soir. Cette fête biennale invite les enfants, les jeunes, les notables, les associations… à défiler en costume médiéval ou en tenue de sport, jusqu’à la grande Piazza dei Signori.

 

Des sourires sur les visages, de la musique variée, beaucoup de gaieté…aussi la fatigue ressentie, nous firent revenir à l’hôtel en car, comme l’avait proposé, Frédéric, notre sympathique chauffeur.

 


Villa Valmarana ai Nani

Villa valmarana in nani2Dimanche matin, notre guide, Monica nous emmena à la Villa Valmarana ai Nani, du nom du propriétaire et des 17 nains de pierre, disposés sur le mur d'enceinte de la propriété. Parmi ceux-ci, quelques références explicites au théâtre de marionnettes et à la Commedia dell'Arte étaient reconnaissables : le roi, le soldat, le médecin, le cavalier, le Turc… L'auteur des Nains serait Francesco Uliaco, inspirant Giandomenico Tiepolo.
La Villa fut construite au 17ème siècle  par l'avocat Giovanni Maria Bertolo, qui la légua à sa fille Giulia, nonne au monastère de Tous les Saints à Padoue. En 1715 Giustino Valmarana a acheté la Villa au monastère.
La famille vit encore au rez- de-chaussée de la Villa, entourée d'espaces verts, de jardins à l'italienne avec un pigeonnier et une pagode dans les bois.
Son intérieur conserve des fresques de Giambattista Tiepolo et de son fils, Giandomenico, appelés en 1757, par Giustino Valmarana. Pourtant, en 1941, le critique Antonio Morassi reconnut officiellement la paternité des fresques…
Giambattista, par des grands thèmes épiques, y évoqua Iphigénie en Aulide, l’Iliade, l’Enéide, la Jérusalem délivrée…
Giandomenico peignit la chambre chinoise, celle des Saisons, la salle des agriculteurs, et celle du Carnaval. La Villa resta liée à la légende d'une princesse naine qui y vécut dans la solitude entourée de serviteurs nains. Un jour, elle vit un beau prince qui se promenait dans le jardin et, réalisant sa difformité, elle se jeta de la tour. La peine transforma les nains en statues de pierre.

Dans le car, le silence du retour permit de penser que, peut-être, chacun rêvait à cette malheureuse jeune fille.
La pluie abondante et discontinue rendit la conduite fatigante pour notre chauffeur. Mais nos cœurs étaient remplis du bonheur d’avoir découvert cette belle ville.
Alors, « a presto Vicenza » !


Suite à ce voyage

Ces personnes ont fait honneur à ARIA  en se joignant au dîner d'anniversaire de l'association qui a eu lieu le vendredi 25 septembre 2015 à l'institut Mérieux. La soirée a consacré l'attachement d'ARIA au jumelage Annecy/Vicenza.

 

Marie-Agnès LORMAND